Protection de l’enfance : assez de chiffres de plus en plus préoccupants, place à des actions plus concertées

15 septembre 2025, par Monique Orphé

Monique Orphé regrette une situation qui se dégrade malgré les moyens engagés Lors de la séance plénière de l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance, Monique Orphé, conseillère départementale, s’est inquiétée des chiffres dévoilés concernant le signalement d’enfants en danger. Une explosion des signalements, mais 40 % classés sans suite En 2024, plus de 7 400 informations préoccupantes (IP) ont été recensées sur notre île, contre 5 380 en 2022 — soit une hausse de 38 % en deux ans. En 2025, plus de 4 000 demandes ont déjà été recensées alors que nous ne sommes qu’à la moitié de l’année. 40 % de ces situations sont classées sans suite après évaluation, ce qui suscite des interrogations, voire de l’inquiétude, notamment quand on sait que certains de ces signalements supposés réglés ont eu des conséquences dramatiques, comme ce drame qui s’est déroulé à la Montagne, où une petite fille, replacée dans son milieu familial, est décédée peu après. « Derrière chaque statistique, il y a un enfant, une vie. » Trop d’enfants dépérissent dans le silence, faute d’un suivi réel et continu. Le défaitisme ne peut laisser place à l’inaction face aux troubles du comportement constatés très tôt chez les très jeunes enfants (4/5 ans).

L’école en première ligne, mais sans soutien suffisant

L’Éducation nationale est au premier rang du repérage, avec près de 1 800 IP transmises chaque année, dont 50 % issues des établissements scolaires, mais les enseignants se sentent encore trop seuls face au dépistage des élèves en souffrance. Les moyens déployés ne sont pas au rendez-vous. Gérer une classe de 25 élèves dont certains vivent des traumatismes lourds est un défi impossible sans psychologues, infirmiers, éducateurs ou assistants sociaux présents dans les établissements.

Une réalité de terrain qui ne doit pas être sous-estimée.

Pas de défausse sur les associations : l’État et la collectivité doivent assumer Alors que les services ASE ont multiplié les expérimentations (comme la SCOPAD pour évaluer les IP « à risque »), Monique Orphé craint un transfert de compétences vers le tissu associatif, qui n’a malheureusement pas les moyens de faire face à ce défi.
Une tendance dangereuse à déléguer ce qui relève de la responsabilité publique.
Elle rappelle que des moyens existent (près de +30 % d’effectifs ASE depuis 2020, mobilisation de 18 travailleurs sociaux de prévention, contrats d’engagement réciproques avec les parents) mais ils ne sont pas fléchés au bon endroit. Les efforts doivent être concentrés sur le suivi réel, la prévention et la sécurisation des parcours.

Un mot sur la santé mentale

Monique Orphé souligne également que près de 40 % des jeunes ultramarins souffrent de troubles psychiques, un facteur aggravant de déscolarisation et de marginalisation. Cette urgence de santé publique doit être intégrée pleinement dans les politiques éducatives et sociales.

Un appel clair : protéger avec rigueur et humanité

« Nous devons être le premier rempart contre leur détresse, la barrière de leur souffrance, pas les témoins de leur chute. Chacun à sa place doit agir de façon concertée, comme le martelaient ce matin tous les partenaires autour de la table. » Monique Orphé appelle à un vrai suivi, des moyens ciblés et une coordination effective entre l’État, l’Éducation nationale, l’ARS, la justice et le Département, pour que plus aucun enfant ne soit laissé sur le bord du chemin.

Monique Orphé Conseillère départementale de La Réunion


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