Qu’as tu fais de ton frère ?

23 octobre 2006

Familier des différents “alon kosé” ouverts par les antennes de nos radios libres, j’assiste avec peine à la prolifération de tous ceux-là qui ont à reprocher aux institutions qui se doivent à l’action sociale du devoir d’aide. Tous les jours, ils sont nombreux à crier leurs incompréhensions des injustices qu’ils subissent et qui les couvrent de honte... Le déshonneur, le ridicule qu’ils perçoivent comme autant de coups de chabouk qui strient leur honneur et leur fierté créole. Ces ratés des services publics alimentent les animosités, discréditent leurs auteurs, souvent des arrivistes sans cœur qui veulent de leurs allocataires des attitudes serviles et qui rêvent de les transformer en des sujets affables et prompts aux remerciements... A développer ces attitudes, ils ne récoltent que des agressivités... Les bureaux sont aujourd’hui des lieux où la violence est insidieusement présente...

Le devoir de sollicitude que commande notre société fondée sur les philosophies des lumières et notre morale judéo-chrétienne, au lieu de mobiliser les pauvres pour les aider à prendre résolument les chemins de la citoyenneté, de cette réciprocité restaurante du statut d’acteur, au contraire, nous leur signifions avec mépris leurs enchaînements à leurs conditions d’ici et de maintenant. Les nécessiteux ne changeront pas... « I fé pa in soval de kourse èk in bourik » Le poids du discrédit sur les pauvres est incommensurable et donne la mesure des moyens que nous aurons à employer pour l’enlever.

L’ambition est permanente, faire du social est une priorité, travailler sur autrui devient une palette de métiers. Ils concourent tous à construire la filière des sciences sociales. Ils ont aujourd’hui leur Institut Régional du Travail Social... Nos multiples décideurs, qu’ils soient d’Europe, d’Etat, du Département, de la Région ou de la Commune, tous multiplient des procédures pour réduire les effets de ceux-là marqués par des ratés de la vie, des exclusions générées par ces compétitions des toujours plus qui encensent ceux qui gagnent, mais ferment les yeux sur ceux qui perdent. Jusqu’à quand ?

Alex Maillot


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Témoignages - 82e année


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