Quand bataill’ l’a fini

25 janvier 2008

Mon pèr’ in homm’ brav’ ec in doux sourir’
Accompagné d’in sel soldat qu’li aimait bien
Parmi tout’ les aut’, parc’que li l’avait pas pér,
Et qu’li l’était grand
Tout les dé su cheval, zot’ té y fait in tour
Su l’champ d’bataill’ où ça qu’l’avait plein d’morts,
Zot’ y voulait voir, si y pouvait encor’ sauv’ in moun’.

La nuit’ té qui commenc’ tomber,
Zot’ té y avance douc’ment ec la pér march’ su l’mort,
L’avait tell’ment parpillé in pé partout.

Dan’ fénoir, in bri l’a fait dress’z’oreill’ mon pér’
L’avait in soldat espagnol qu’l’était blessé,
Li té râl’ a li à terr’, su l’bord cemin ec zémiss’ment,
Li té y saign’, son jamb’ l’était cassé, son figuir’ l’était pale,
Li l’avait perd’ beaucoup de sang,
Li té déjà presque mort, mais li té cauz’ encor’.

Dan’ la nuit’, mon pér’l’a entend’ à li dir’ :
« Si ou plait, à boir’, à boir’ par pitié »
Alors’ ça l’a touch’ le cœur mon papa,
Dan’ in sacoch’ si son sell’, li l’avait in pil’ plat’,
In ti bouteill’ le rhum charret’ zot’ y connaît,
Li l’a prend le p’tit bouteill’, l’a tend’ çà à son fidel’ compagnon,
Et mon pér’ l’a dit : « Trapp’ ça, et donn’ in gorgé ce pauv’ blessé ».

Tout d’in coup, alors’que le cavalier l’était en train baisser,
Pou donn’ à li le rhum, le blessé, in espèce z’habitant saharien,
L’a serr’ l’pistolet qu’li tenait encor’ dan’ son main,
Li l’a vise la têt’ mon papa, et li l’a crie « Carrrramba »....

Ball’ revolver là, l’a siff ’ côté z’oreill’ mon papa,
Li l’a pass’ tell’ment près, qu’li l’a fait tomb’son chapeau,
Le bri révolver, l’a fait recul’ son cheval ec la pér,
« Donn’ à li quand mêm’ à boir’ » l’a dit mon pér’.

Version créole du poème “Après la bataille” de Victor Hugo
Par Claude Vinh San


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Témoignages - 82e année


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