Di sak na pou di

Quand l’évolution culturelle supplante l’évolution biologique

Frédéric Paulus / 7 décembre 2019

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Peut-être la pensée darwinienne nous aura-t-elle fait croire implicitement que l’évolution nous mettait à l’abri des catastrophes pouvant toucher le vivant ? Dans ce courrier, nous voulons attirer l’attention comme lanceur d’alerte afin de promouvoir une nouvelle conscience qui nous ferait percevoir la dimension sensible du vivant sous de nouveaux regards. Pour commencer, deux chercheurs et auteurs nous y aident.

1) Quand Henri Laborit (1914-1995) affirmait que « la seule raison d’être d’un être c’est d’être, c’est de maintenir sa structure, sans ça quoi il n’y aurait pas d’être », on aurait pu penser que nous étions à l’abri des catastrophes touchant notre présence sur terre.

2) De son côté, en Espagne, le biochimiste Faustino Cordon (1909-1999), méconnu jusqu’en 1990 en France (et à notre connaissance également par Laborit), en arrivait progressivement à la déduction (difficilement contestable scientifiquement) que la cellule doit avoir « notion qualitativement de son environnement ». En d’autres termes, celle des plantes, des animaux et donc de l’homme doit avoir intégré le principe d’une conscience cellulaire et donc de facto de toute l’organisation organique qui se sera greffée pour accompagner cette conscience à maintenir sa structure ou à la faire évoluer en la transformant. C’est ce que les biologistes admettent avec l’idée d’homéostasie classiquement évoquée. Il faudrait rajouter la notion de conscience organique dès l’enseignement du corpus des SVT en collège et lycée avec l’assentiment des gestionnaires des programmes scolaires.

Cette alternative de reconnaissance de cette conscience primitive (qui s’opèrerait à notre insu) pourrait révolutionner les sciences du vivant. Elle nous permettrait, peut-être, de mieux appréhender la « dissidence des cellules cancéreuses » [1] fuyant l’organisme hôte. Elle nous permettrait, peut-être, d’appréhender la sensorialité discriminative du nouveau-né, voire, logiquement, dès sa vie embryonnaire, sous un nouveau regard où les cinq sens seraient dotés initialement d’une sensibilité cellulaire. Elle nous rendrait enfin conscients de l’enjeu sanitaire qui devrait nous occuper face au mal être qui semble nous envahir. Cette conscience cellulaire se serait spécifiée et différentiée tout en contribuant à complexifier le vivant au lieu de le voir disparaître. Aurions-nous atteints un effet « iatrogène » de cette évolution ?

La question qui se pose donc de nos jours serait celle-ci : la survivance du plus apte à se maintenir en vie n’est-elle pas au contraire la survivance du plus névrosé au point de voir (ou de ne pas voir !) autour de lui une multitude de contradictions, voire de menaces ; en termes de morbidité : alcoolisme, conduite suicidaire, viol, fanatisme, violence faite à autrui, dépression, maladies (obésité, diabète, crise cardiaque, a.v.c., cancer, maladies dégénératives, etc.) qui échappent à la science ? Et de pandémies (annoncées par René Dubos dans les années 1980) touchant les pays du tiers monde ? Dans notre appréciation à évaluer qualitativement notre présence sur terre, ne sommes-nous pas confrontés à des interprétations concernant cette supposée qualité ? Or que constatons-nous ? Des millions d’exilés fuient leur pays où règnent trop souvent famine, corruption, forte natalité… Et ce, alors que les pays développés, qui font figure de privilégiés, subissent une dénatalité ou une forme de mal à être dissimulées derrière des maladies non encore interprétées comme telles.
Ce contexte n’engendre-t-il pas des replis identitaires prenant la forme de : « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ! », Michel Rocard ?
Notre équipe aura suivi des scientifiques « militants » érigés en donneurs d’alerte, en quelque sorte. Nous citerons le Professeur Henri Laborit et notre ami psychiatre Federico Navarro (1924-2002) se réclamant de l’antipsychiatrie. Ce dernier disait en introduction de ses conférences pour une médecine préventive : « Docteur, soigne-toi toi-même avant de vouloir soigner les autres » en faisant remarquer qu’il fumait lui-même trop souvent.

En ce qui nous concerne nous avons essayé d’attirer l’attention des chercheurs sans succès sur :
1) la mort subite et inexpliquée du nourrisson, voir :
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2002/27/msn.htm
2) ces sociétés symbolisant notre civilisation occidentale, construites sur l’évidente réalité de l’exploitation de l’homme par l’homme ; au détriment de ceux victimes d’une inégalité de naissance créant un contexte qui aura réduit les expressions biologique, psychologique et socioculturelle dès la conception de l’enfant, voir :
https://www.zinfos974.com/Les-inegalites-affectives-et-developpementales-de-naissance_a145949.html
Nous avons tenté, suite aux velléités de René Dubos (1901-1982), de nuancer la définition de l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, et d’attirer l’attention depuis au moins deux décennies sur la nécessité de reprendre la définition du rapport dit « de Bernis ». Remis en 1983, en France, à Jack Ralite, alors ministre de la santé en France, intitulé : « Propositions pour une politique de prévention ». Ce rapport publié par la Documentation française est de nos jours indisponible. Nous définissions la santé par : « désir, plaisir, rapport actif à l’environnement, créativité ». Dans la « créativité » nous y intégrons une dimension, à notre insu, « le rêver », sélectionnée par l’évolution avant l’émergence du langage parlé et articulé.

Aujourd’hui, comme donneur d’alerte, nous voudrions rajouter deux auteurs :

1) Jean-Paul Baquiast et son ouvrage : Ce monde qui vient,…, 2014, [2]. Ce livre « dénonce l’hypothèse d’une « post-humanité » caractérisée par un homme augmenté, à l’abri des maladies, voire de la mort, qui serait le sort d’une minorité, celle qui disposera des moyens économiques lui permettant d’y parvenir ». Au « bon peuple » restera « une humanité pauvre, malade, sous-développée et exploitée »… dans laquelle se développera une non-humanité composée de robots et d’humains pour assister les travailleurs à forte implication thermodynamique… « Ce monde effrayant, raciste et ségrégationniste que ne renieraient pas Hitler et les nazis, n’est pas une fatalité » nous dit J-P Baquiast. « Le pire n’est pas forcément à venir. Mais encore faut-il que l’humanisme contemporain, s’il veut se survivre et innerver de ses valeurs l’organisation future des sociétés, sache adopter les bonnes lignes de conduite intellectuelles. La première est d’entendre ce que nous dit la science et de comprendre les possibles vers lesquels elle nous mène. La deuxième est de revisiter ses fondamentaux afin de les distinguer des postures figées l’empêchant de penser les temps présents et à venir à l’aune de ses véritables valeurs, basées sur la rationalité, la connaissance, l’éducation, l’ouverture à l’autre, le libre arbitre et la dignité égale de tous les êtres humains. Un champ immense d’investigation s’ouvre à l’humanisme. »

2) Isabelle Mansuy et son ouvrage collectif : Reprenez le contrôle de vos gènes, 2019, [3]. Elle nous dit « qu’il n’y a pas de fatalité de notre génome. Nous pouvons agir sur notre environnement si nous en avons conscience et nous nous donnons les moyens de le faire… C’est une excellente nouvelle. L’épigénétique bouscule cette croyance jusque-là bien établie et ouvre un champ des possibles passionnant et porteur de nouveaux espoirs… Il permet de mieux identifier les causes des maladies aussi diverses que les troubles psychiques et les cancers ; et, surtout, de mettre en place dans le futur proche une médecine préventive et des thérapies plus adaptées et plus efficaces ».

Frédéric Paulus, Directeur scientifique du CEVOI (Centre d’Études du Vivant de l’Océan Indien)

[1rédéric Paulus, « Nouveaux regards sur le cancer », (2018) : https://fr.slideshare.net/FarzadFelezzi/nouveaux-regards-sur-le-cancer

[2Jean-Paul Baquiast, Ce monde qui vient. Sciences matérialisme et post humanisme au 21e siècle, L’Harmattan, 2014.

[3Isabelle Mansuy et coll, Reprenez le contrôle de vos gènes, Larousse, 2019.