Quartier de la peur

5 février 2008

La mort qui rôde, lame en acier et batte de base-ball. Scooter et crâne rasé. L’usager de l’autobus est le premier témoin d’une animation malsaine et glauque qui dure, qui dure depuis longtemps dans les alentours de la gare routière à Saint-Louis. On baisse la tête et on serre les fesses en priant dieu. En priant de ne pas être interpellé sous le prétexte d’une broutille pour ensuite être agressé par des voyous abreuvés de haine et de bière. Pour les uns, c’est la fatalité, les autres disent qu’il ne faut pas être au mauvais endroit au mauvais moment. Depuis quand achetons-nous notre journal pour les petites annonces de l’emploi dans un mauvais endroit ? Le nanti dans son auto n’imagine pas une seule seconde la peur qui nous tenaille les tripes en attendant le bus.
Une ville livrée à elle-même. Le maire est dans l’interdiction de mettre les pieds place des Grands Hommes. Sécurité inexistante. La police est tout juste bonne pour distribuer des procès-verbaux aux automobilistes parents d’élèves stationnés près des écoles le jour de la fête de Mardi Gras. La violence qui règne dans la ville est le reflet parfait de la politique menée à Saint-Louis. Une nouvelle fois, le sang a coulé dans le quartier de la peur. Pour le vol d’une voiture. Car-jacking comme passe-temps. Ces délinquants, dès leur sortie de la geôle, seront assurés d’un emploi dans la milice d’un maire corrompu. À voir les personnages recrutés à Saint-Pierre. Pas besoin de faire un dessin. Villes héritières d’incompétence. L’homme se levant tôt afin de trouver du travail n’a plus qu’à soigner ses blessures sans compter le traumatisme causé. C’est à vous dégoûter de chercher du boulot. Toutes les nuits, ce sont les voyous qui imposent leur loi sur le territoire, vu qu’il ne faut en aucun cas déranger ces messieurs de la loi avant 8 heures du matin, c’est à cette heure-ci qu’ils prennent leur boulot de fonctionnaire jusqu’à 18 heures, sans oublier la pause entre midi et 14 heures. Ils sont bien plus efficaces pour arracher 3 pieds d’herbes dans le jardin du boug qui s’efforce de nourrir son coq bataille en regardant les étoiles dans les yeux, la tête remplie des mélodies de Bob Marley.

Gilles de la Ravine Blanche


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Témoignages - 82e année


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