Di sak na pou di

Que fêtons-nous exactement le 14 juillet ?

Jean-Paul Ciret / 21 juillet 2020

Avant toute autre chose, permettez-moi de saluer le courage et la remarquable persévérance du camarade qui continue d’assumer la rédaction du billet philosophique du vendredi et qui me donne l’occasion de rebondir sur son exclamation « Vive notre Citoyenneté ! ».

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Le 14 juillet commémore la Fête de la Fédération tenue le 14 juillet 1790 à Paris pour valoriser l’unité des Français derrière leur roi Louis XVI. Ce n’était pas une journée révolutionnaire.

En effet, et sans revenir sur la juste initiative de la LDH d’organiser une manifestation décalée, avec tout ce que cela implique, de la cérémonie officielle du 14 juillet, l’opportunité nous est offerte de poser une question essentielle sur un aspect complètement escamoté de la signification de la fête nationale de la France.
Ainsi, contrairement à ce que pense ordinairement le commun des mortels, ce n’est pas le 14 juillet 1789 qui est célébré en cette occasion, à savoir la prise de la Bastille par la révolte du peuple parisien, une forteresse-prison symbole de l’arbitraire royal et de l’absence de liberté, mais le 14 juillet 1790, souvenir de la Fête de la Fédération, censée magnifier l’unité de la France derrière son souverain Louis XVI, apparemment acquis aux premières idées émancipatrices des 14 juillet et 26 août 1789. Le ci-devant Louis Capet , comme on eût dit un peu plus tard, en fit rapidement bon marché, comme le montre la suite !…

Mais alors, à qui devons-nous cet habile tour de passe-passe ? Eh bien, à la IIIe République naissante, peut-être mal remise de la tentative de Restauration royaliste de 1877, tout juste consolidée en 1879, et qui décréta en 1880, le jour du 14 juillet 1790 comme date-référence de la Fête nationale, et donc, en aucun cas, ni une journée révolutionnaire, ni le 21 septembre 1792 (décret d’abolition de la royauté par la Convention), ni le 22 septembre (1er jour de l’an 1 de la République, décrété par la même assemblée).

Autrement dit, c’est à une date héritée de l’histoire de la royauté que se réfère la République Française pour célébrer sa FETE NATIONALE !!! On me fera aimablement observer que, par les temps qui courent, évoquer l’ existence d’un monarque à la tête de la République Française n’a peut - être rien d’incongru, mais tout de même !!

Cela dit, vu de La Réunion, on peut se poser à juste titre deux questions :
- Qu’auraient bien pu répondre en 1880 à un " micro-trottoir " les descendants d’esclaves et les engagés à une question sur les bienfaits de la République ?
- Comment nous réapproprier, dans une perspective réunionnaise, la valeur symbolique des dates révolutionnaires de 1789, au même titre que celles du 20 décembre 1848 et du 19 mars 1946 ?

Jean-Paul Ciret