Quelle université pour La Réunion ?

3 juillet 2007

Être pris de cours, pendant les vacances, et ne pouvoir réagir. C’est ce qui nous pend au nez avec la future loi d’autonomie des universités présentée au Conseil des ministres dès le 4 juillet prochain. L’ambition de Nicolas Sarkozy est d’aller au chevet de nos universités. Louable intention évidemment. Mais le remède avancé présente des effets secondaires désastreux pour le plus grand nombre.
Le premier réside dans « l’institutionnalisation de la concurrence entre deux types d’universités : les grandes qui figureront parmi les meilleures du monde et auront les moyens de s’offrir des chercheurs et de sélectionner leurs étudiants et les autres, pour le tout-venant qui ne visera pas plus haut que le niveau licence », selon Gérard Aschieri de la FSU. Quid alors de notre université de l’Océan Indien ? Nous pouvons aisément imaginer les conséquences pratiques sur le mot d’ordre politique d’« encadrement local » selon tel ou tel autre scénario ! Pour faciliter l’introduction du ver capitaliste dans cet espace jusqu’à présent épargné, la future loi modifie la gouvernance des établissements en provoquant un affaiblissement démocratique au profit d’un renforcement de la fonction de Président (devenant en quelque sorte un super-patron, toujours plus facile à manipuler surtout lorsqu’il sera question de gros sous).
L’autonomie, a priori facultative (pour ne pas trop effrayer !) mais déterminante pour les budgets, à en croire Nicolas Sarkozy (discours du 20 juin), portera sur le patrimoine (locaux, équipement, mobilier, ...), la globalisation des crédits et les ressources humaines. Autant dire, un coup porté à la Fonction publique puisque concrètement l’établissement sera libre de recruter son personnel enseignant et non-enseignant et d’en fixer les rémunérations. Enfin, « la référence aux disciplines disparaît au profit de grands pôles compétitifs », selon J. Fabbri de SNESUP. Et, c’est précisément là le plus beau cadeau fait au privé puisque sa participation sera naturellement conditionnée à l’environnement universitaire. L’Etat UMP se défausse donc sur le privé - réputé pour ses vertus régulatrices ! - pour définir les missions de la nouvelle université. Mais quel beau monde, on nous prépare !

Jean-Hugues Savigny
(Militant socialiste, La Possession)


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