Di sak na pou di

Qui est responsable de la pauvreté ?

François Maugis / 4 décembre 2018

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Photo Toniox.

Qui est responsable de la pauvreté ? Probablement personne et tout le monde, tant est multiple la nature humaine. Il y a chez tous les êtres vivant des disparités qui n’expliquent pas la pauvreté mais la prodigieuse diversité des êtres. Et c’est une bonne chose. Rappelez-vous cette maxime : « L’ennui naquit un jour de l’uniformité ». Non, ce qui sort du cadre de la normalité n’est pas la pauvreté d’un petit nombre mais l’excès de pauvreté au sein d’une population. Et là, je dois dire que la société humaine bat des records. Alors, oui, qui est responsable de ces excès ?
Il s’agit d’un système de pensée qui a fini par submerger l’équité et la fraternité que l’on rencontre dans toutes les espèces vivantes. À l’époque du chasseur/cueilleur et au début de l’agriculture, le fondement même de toute vie reposait sur les capacités naturelles de la terre à produire : relative insouciance dans les régions chaudes du Monde où la terre produit toute l’année, un comportement un peu différent dans les régions du monde touchées par le froid hiver improductif, obligeant les hommes à prévoir, à faire des réserves. Pendant un temps, s‘est maintenu dans ces régions du Monde, un certain esprit d’entre-aide que l’on retrouve encore dans de rares endroits.

Mais très vite, cette convivialité naturelle a dérivé. La notion de réserve, d’épargne s’est vite transformée en notion de pouvoir. Et quoi de plus tentant qu’abuser de son pouvoir ? Aidés en cela par la prodigieuse montée en puissance des monnaies, les possesseurs de réserves se sont peu à peu détachés des fondamentaux naturels de départ et ont pris leurs réserves pour des terres fertiles productrices d’intérêts.

Ce fut donc la fin des grands équilibres naturels. Des millions d’humains se sont précipités sur ce nouvel eldorado, Nous en payons aujourd’hui chèrement le prix. La très gourmande et insatiable mécanique financière, fait feu de tout bois. Rien ne lui résiste, pas même les états. La logique financière du profit se nourri de tout et justifie, encore aujourd’hui, la destruction de cette terre nourricière des origines. L’équilibre est rompu et le déséquilibre financier du Monde s’amplifie au détriment de notre capital terrestre et, même de notre capital humain.
 
François-Michel Maugis - La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe