Rattrapé par les mots

10 janvier 2008

Il avait usé de ce mot le plus largement possible, avant, pendant et même après la campagne de la Présidentielle jusqu’à proclamer « Je veux être le président du pouvoir d’achat ». Mais, devant la vague de mécontentement qui se lève, le voilà contraint de rectifier le tir et de se montrer plus circonspect. D’où sa gêne dans sa réponse à la conférence de presse de mardi dernier : « Réduire le débat français à une question de pouvoir d’achat, c’est absurde ».

Et pourtant, c’est bien lui qui, le 22 juin 2006 dans un meeting à Agen, avait osé dire au grand dam de son prédécesseur : « la fracture sociale s’est transformée en désintégration sociale ». Et de dénoncer tour à tour « un pouvoir d’achat qui n’a presque pas augmenté » en 25 ans, « trois millions et demi de travailleurs qui gagnent moins que le Smic », soit « plus de travailleurs pauvres que de rmistes » un million de salariés « obligés de jongler avec plusieurs employeurs pour gagner à peine de quoi vivre », « un Français sur quatre qui a connu le chômage au cours des dix dernières années ». Il proposait alors de « construire une France nouvelle », en se fixant justement comme principal objectif « l’augmentation du pouvoir d’achat ».

Mais toutes les mesures, y compris celles annoncées ces temps derniers à la suite de la longue grève contre sa réforme des régimes spéciaux, n’arrivent pas à convaincre les Français qui sont las d’attendre. Contre la progression du chômage, ils n’ont vu que la création d’emplois précaires des plus mal payés. Et ils découvrent avec stupeur que la France détient actuellement le record des pays d’Europe pour le nombre de Smicards (15%), comme pour la concentration des salaires les plus bas au niveau inférieur de l’échelle sociale. Il apprennent que les « caisses de l’Etat sont vides », comme le reconnaît maintenant le président de la République, que la croissance ne décolle pas des 2%, que le commerce extérieur est en chute libre, que l’inflation au contraire ne cesse de monter, que le prix du pétrole frôle les 100 dollars le baril, que la crise de l’immobilier aux Etats-Unis d’Amérique n’est pas sans répercussions sur l’économie française...Si bien que le journal “Le Monde” est amené à tirer la sonnette d’alarme. « Tous les indicateurs économiques sont au rouge », écrit-il dans son éditorial du lundi 7 janvier et, pour décrire la situation du président de la République après sept mois d’exercice du pouvoir, il a ce titre impressionnant qui reprend la célèbre phrase du conte d’Andersen : “Le roi est nu”.

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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