Récupération ?

21 novembre 2006

Il me semble plus que jamais opportun aujourd’hui, d’aborder une question qui traduit un certain nombre de malentendus, voire de divisions, pour ne pas dire de malaises. Mais avant tout, il me paraît tout aussi important de rappeler, encore et hélas, que ma démarche ne consiste nullement à vouloir justifier quoi que ce soit, ou comme diraient certains, dès que le dialogue, base de tout échange constructif, ne va plus dans leur direction, à polémiquer. Encore si polémiquer était pris dans le sens de poser la controverse, de discourir, de s’exprimer, ce qui serait tout à fait légitime. Mais malheureusement, dans la plupart des cas, il est plutôt utilisé dans l’idée de chercher querelle. Le plus étrange, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui la provoque, crient à la polémique quand on y répond. Toute réponse née d’un questionnement ou d’un échange, aussi infime soit-elle, du moment où elle pose la controverse, devient alors polémique. Étrange paradoxe.

Comme je l’ai mentionné plus haut, la question qui nous intéresse ici et qui est à l’origine de bons nombres de malaises, est la question de la fausse idée dite récupération. Concrètement, que signifie ce mot ? D’après la définition que donne le dictionnaire, récupérer serait synonyme de regagner, retrouver. En allant un peu plus loin dans l’analyse, en tout cas en ce qui nous concerne ici, c’est-à-dire l’idéologie qui s’y imprègne, son sens s’apparente beaucoup plus à dérober. Plus précisément, ce serait donc détourner à son profit. Récupérer serait donc détourner à son profit une action. À la question de savoir l’objet de la récupération, les discours se brouillent, s’embrouillent pour finir par se perdre dans des considérations qui n’ont pas leur place ici.

Soyons clairs, dans l’univers du musulman, cette attitude primitive, ce réflexe conditionné et primaire, ne trouve aucune forme d’expression fondée et structurée, et ne correspond absolument à aucune source de référence. En effet, dans la tradition musulmane, la première faculté qui va lire l’action proprement dite, puis éclairer la raison pour lui permettre ainsi de porter témoignage de ses multiples facettes d’expression dans le monde des formes, est bien l’étincelle de lumière divine inscrite dans les cœurs. Le cœur précède donc la raison, la complète et l’actualise. Plus concrètement, et pour utiliser une notion coranique, le cœur va lui insuffler une forme en l’imbibant de lumière, la purifiant par la même, puis en la projetant dans le monde sensible : on retrouve ici tout le symbolisme du jeu d’ombres et de lumières dans la tradition bouddhiste. « Ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, ce sont les cœurs qui dorment au fond des poitrines ». (Coran)

Dans la tradition musulmane, le Prophète Mohammad (paix et bénédiction sur lui) a judicieusement mis en évidence que Les actions ne valent que par les intentions. Il y a donc en Islam un devoir de conscience premier : la purification de son intention. Devant Dieu, c’est le fondement éthique de la validité de toute action porteuse du bien et par conséquent d’un sens moral qui n’exclut pas la Transcendance. C’est déjà une véritable révolution dans la pensée humaine, de dire qu’en Islam, que l’action ne vaut que par son intention. Je n’irais pas plus loin dans cette analyse, mais je voulais mettre en évidence l’idée du rapport entre cœur et raison, intention et action, que l’on ne peut ignorer dans la tradition musulmane et donc de ce fait antinomique avec la notion dite récupération si souvent utilisée et devenue à la mode aujourd’hui.

C’est au plus fort des ténèbres que jaillit la lumière. Dans cet environnement de globalisation, de standardisation, d’instantanéité de l’information, le paradoxe est roi, et donc par conséquent, Dieu n’a peut-être jamais été aussi immanent. Il serait grand temps pour que le musulman réapprenne à situer son univers à partir de ses vraies intentions, celles procédant du cœur.

A toutes celles et à tous ceux qui d’une manière générale usent invariablement du concept dit récupération, il serait bon alors de rappeler cette leçon d’humilité, dépoussiérée de toute pesanteur terrestre :
« Dis : ma prière, mes actes d’adorations, ma vie et ma mort appartiennent à Dieu Seigneur des mondes ». (Coran)

Farouck Issop


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