APL supprimées pour les étudiants des pays voisins, visas difficiles pour nos voisins : quel avenir pour Les Réunionnais ?
22 août, parLes humiliations visant nos voisins s’accumulent
2 mai 2006

Le résultat d’une élection présidentielle dépend souvent de la force d’imposition que détient un parti pour contraindre les autres à reprendre son thème favori au point d’en faire le sujet incontournable durant la campagne. Le candidat capable de convertir ses propres priorités en priorités légitimes pour tous a déjà un pied à l’Élysée.
Dans les mois à venir, l’enjeu le plus important est donc, de loin, celui de la lutte pour la définition même de cette priorité. On se souvient que L. Jospin avait perdu l’élection de 2002 en emboîtant le pas à la droite sur le terrain de la sécurité et en multipliant à l’approche du scrutin les effets d’annonce sur ce terrain. Son gouvernement avait, par exemple, proposé l’achat d’un gilet pare balle pour chaque policier et gendarme de France, alors que plus de quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux passent leur carrière entière sans être au contact direct du moindre bandit armé.
C’était déjà faire la partie belle à J.-M. Le Pen. Certes, prendre la sécurité publique comme cheval de bataille avait l’avantage d’affirmer à bon compte un semblant d’autorité de l’État, pour qui il est toujours plus facile de jouer les fiers à bras devant les jeunes des cités que face aux multinationales.
Promettre la sécurité dans les zones sensibles, alors qu’il se couchait et abandonnait tout pouvoir en matière économique et écologique aux mains du MEDEF et des grands trusts financiers, fournissait à l’Etat, fût-il celui de la gauche gouvernementale, un écran inespéré à la déréliction du droit au travail quotidiennement bafoué (par la montée en nombre des précaires, par les licenciements en masse pour profit boursier...) et à la mise en danger de l’humanité dans son ensemble (menacée à court terme par les effets de la pollution). Comme si au dernier soir du Titanic éventré, le capitaine réunissait les passagers, pour leur promettre plus de rondes de l’équipage afin d’arrêter les éventuels pickpockets sur les coursives.
Plus encore, la violence ne peut être isolée du contexte économique puisqu’elle peut majoritairement se comprendre comme un effet induit de la dégradation des quartiers de relégation. On connaît le cercle vicieux qui se met en place dans nombre de cités : le chômage structurel entraîne la montée des trafics, des vols et des bandes, celle-ci entraîne à son tour l’exaspération des habitants qui réclament plus d’interventions de la police, celle-ci conduit alors à une forte hostilité entre les générations sur un même lieu de vie, cette tension mène à une escalade de haine de part et d’autre : les troupes sarkozistes, les phalanges lepénistes, mais aussi les extrémismes religieux, peuvent se frotter les mains. Même lorsque l’emploi et l’embauche reviennent comme à Sochaux, Montbéliard ou Mantes-la-Jolie, les mauvaises habitudes sont prises et encore faut-il pour les faire passer que le travail retrouvé ne soit pas trop sous-payé ou précaire.
Une même priorité se dégage de fait au niveau local, national et planétaire : la redistribution des richesses pour un développement durable, que cela soit en vue de la préservation des quartiers, de la nation ou de la planète. Alors que la plupart des partis éludent la question du choix collectif des formes de redistribution à adopter, l’enjeu de la campagne est justement de montrer que ce choix n’est pas inéluctablement aliéné aux intérêts des multinationales, déguisés et promus au rang de lois neutres du marché, et laissant en pratique quelques poignées de personnes décider du sort de milliards d’autres.
Pascal Duret
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