Di sak na pou di

Réflexion a l’occasion de la fête de l’abolition de l’esclavage

Joseph Luçay Maillot / 24 décembre 2019

JPEG - 76.6 ko
La statue d’Henri Maillot au Barachois en hommage aux esclaves réunionnais décapités après la révolte de 1811, que l’on retrouve dans le livre ‘’Arts et Lettres contre l’esclavage’’ de Marcel Dorigny.

Hier nous avons fêté à La Réunion l’abolition de l’esclavage. Celle-ci a été incontestablement un progrès social. Mais « Liberté égalité fraternité » ne sont que des mots dont le contenu peut varier selon les époques et selon les hommes qui arrivent au pouvoir, selon l’instinct de puissance de certains et selon le besoin d’être dominés de beaucoup ’hommes et de femmes. Les hommes sont des animaux grégaires qui vivent en meute il y a des dominants et des dominés. Tout se passe bien lorsque la domination sert l’intérêt général mais dès que les dominants font passer en premier plan leurs ambitions et leurs intérêts personnels ils se transforment en Tyran et transforment ceux qui les servent en esclaves.

Avant notre révolution française tous les hommes n’étaient pas censés être libres égaux et fraternels et leur situation et le cours de leur vie dépendaient beaucoup de leur souverain et des chefs religieux. Même si Dieu a créé tous les hommes libres égaux et fraternels devant lui lors de la création de notre monde (le sixième jour ou le sixieme milliards d’années, peu importe) ; la vie de l’homme en société a créé des situations de domination et de servitude que certains ont justifié par la volonté divine.

Dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789 il est affirmé que « les hommes naissent libres et égaux en droits et que les distinctions sociales ne peuvent être justifiées que par le bien commun. » Ce n’est plus Dieu qui crée les distinctions sociales mais l’intérêt général porté par les représentants du peuple. Cette déclaration a permis et justifié la révolution qui a suivi pendant plusieurs années et qui a causé tant de morts innocentes car les révolutionnaires voulaient à tout prix empêcher le retour de l’ancien régime.

Mais est ce que les choses ont changé vraiment depuis ce 14 juillet 1789 date à laquelle le peuple de Paris a pris d’assaut le plus fort symbole de la royauté française, la prison de la bastille où le roi pouvait enfermer n’importe quel citoyen par une lettre de cachet sans avoir à justifier son acte ? Certes le monde a progressé depuis cette époque mais très lentement ; les privilèges ont été abolis mais certains sont revenus très rapidement ; la justice est peut être devenue plus juste ou en tout cas moins partisane mais elle n’est pas toujours impartiale et souveraine ; l’esclavage qui avait été aboli par les révolutionnaires a été rétabli et il a fallu attendre un demi-siècle pour que cette abolition soit de nouveau appliquée sur tous les territoires de la France. Certains pays sont allés plus vite que nous, notamment l’Angleterre, mais dans la plupart des pays du monde l’esclavage a continué d’exister. Il a fallu une guerre fratricide qui a duré 4 ans aux États-Unis pour libérer les esclaves mais encore 100 ans de plus pour supprimer le ségrégation entre blancs et noirs.

Aujourd’hui il semblerait que l’esclavage soit aboli par tous les pays ; les derniers à le décider sont des pays musulmans d’Afrique du nord ; mais certains pays qui ont aboli l’esclavage ne sanctionnent pas les comportements esclavagistes ; si bien que la liberté est encore un leurre pour beaucoup de monde. Il en est de même pour l’égalité et la fraternité. Les hommes sont égaux et fraternels selon leurs fortunes et peuvent se soutenir entre eux. les riches ne prêtent qu’aux riches ; mais ceux qui sont pauvres et misérables ne peuvent compter souvent que sur eux-mêmes. Les femmes ont attendu 1946 pour avoir le droit de vote en France et encore une trentaine d’années de plus pour avoir droit à la contraception et pour ne plus être soumises à la tutelle de leur mari ou exercer seule l’autorité parentale sur leurs enfants. Aujourd’hui encore de nombreux métiers leurs sont refusés et quand elles arrivent à trouver un emploi c’est souvent pour percevoir un salaire inférieur à celui des hommes pour un travail égal… Quant aux enfants, on commence tout juste à les reconnaître comme sujets de droits. Il y a bien une convention internationale des droits de l’enfant mais dans de nombreux pays notamment les plus pauvres, les enfants n’ont pas plus de droits que les animaux domestiques. Ils ne mangent pas toujours à leur faim ne vont pas toujours chez un médecin quand ils sont malades, ne vont pas à l’école et sont toujours taillables et corvéables à merci. Certains pays laissent travailler des enfants de moins de 10 ans dans des conditions épouvantables si bien que la mortalité infantile reste très élevée, et bien entendu cette pratique leur permet de vendre leurs marchandises à des prix défiant toute concurrence dans les pays qui ne font pas travailler les enfants et ont des lois qui les protègent. Cette concurrence déloyale peut bien sûr avoir des conséquences négatives sur l’économie des pays concernés et ruiner toutes les tentatives de leur gouvernement pour les faire progresser.

Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et la devise « liberté égalité fraternité » est encore une utopie sociale pour la majorité des humains / Il y a encore beaucoup de travail à faire avant qu’elle soit appliquée réellement pour tous les hommes et les femmes mais aussi les enfants. Cette devise qui institue comme principe universel l’égalité entre tous les hommes n’a pas empêché les nazis de massacrer des millions de personnes parce qu’ils les considéraient comme des sous-hommes et ce sont les mêmes raisons qui ont justifié les massacres des Rwandais en 1995 et des Bosniaques ans les années 2000. Certaines religions prônent encore l’infériorité de la femme par rapport à l’homme et les obligent à des comportements qui les rendent inférieures alors que Dieu a créé tous les humains à son image libres égaux et fraternels et leur a donné leur planète en héritage et en partage. Mais aujourd’hui des centaines de millions de femmes dans le monde n’ont pas encore les mêmes droits que les hommes et la terre est loin d’être l’héritage de tous les humains et ses richesses sont loin d’être partagées équitablement entre tous les citoyens de la planète TERRE. Il y a certes des héritiers qui se sont appropriés tout ce qu’ils pouvaient par la force des armes et le pouvoir de l’argent ; mais il y a surtout encore trop de déshérités, de personnes qui vivent dans la misère tandis que les plus forts vivent dans l’opulence et le gaspillage et foulent aux pieds les principes de liberté ’égalité et de fraternité inscrits dans leurs textes fondamentaux.

L’abolition officielle de l’esclavage a été un des progrès que les hommes ont accomplis en application de cette devise « liberté égalité fraternité » depuis qu’elle a été adoptée par les pays démocratiques et c’est certain qu’il ya eu beaucoup d’autres étapes qui ont été franchies depuis 1789. Elle avait déjà abolie par le christ qui a fait des maîtres et des esclaves de son époque des serviteurs du peuple et de l’intérêt commun dans le cadre d’un amour fraternel réciproque et qui nous a donné l’exemple en s’offrant en sacrifice pour faire passer son message d’amour fraternel et nous sauver. Mais il a fallu attendre 1789 pour concrétiser cette idée que notre premier devoir est de servir en nous aimant les uns les autres, quelle que soit notre position dans la société et de la généraliser en dehors de la religion dans la vie de tous les jours.

Depuis 1789 de nombreuses avancées ont été réalisées dans tous les domaines ; mais ces avancées sont encore très fragiles et doivent être perfectionnées et il reste encore de nombreuses étapes à franchir pour que un jour, tout soit parfait dans le meilleur des mondes. Nous vivons dans un monde où il y a tellement de contraintes et d’interdits que nous n’avons presque plus le sentiment d’être libres et encore moins celui d’être égaux et fraternels et nous ne sommes pas à l’abri d’une renaissance et d’un développement des doctrines qui refusent la liberté l’égalité et la fraternité pour réinstituer la domination de l’homme par l’homme à outrance et l’esclavagisme sous ses formes les plus horribles

Il n’y a pas beaucoup de différence entre les employés de certaines grandes entreprises et les esclaves de l’époque du christ ou les serfs de nos seigneurs du Moyen Âge. Ils travaillent souvent durement dans des conditions qui ne leur plaisent pas mais en échange ils ont un statut social et bénéficient de la protection de leurs maîtres si bien que sauf raisons exceptionnelles qui justifient une grêve ou une révolution ils acceptent leur sort. Ces hommes et ces femmes se sentent peut-être libres égaux et fraternels entre eux mais ne peuvent pas faire grand-chose pour faire évoluer leur situation. L’évolution du monde dépend toujours du génie de certains hommes et des sacrifices qu’ils sont prêts à consentir pour le progrès de tous. Certains comme le christ ont été capables d’aller jusqu’au don de leur vie pour le progrès de l’humanité. Mais le mode de fonctionnement du monde d’aujourd’hui n’encourage pas l’héroïsme et le sacrifice nécessaire à certains dans le combat pour le progrès de tous.

Le 20 décembre est un jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage pour toute la population réunionnaise car la majorité de familles vivant à la Réunion ont des ancêtres esclaves ; mais ce jour devrait aussi être un jour de réflexion et interrogation sur notre avenir. L’abolition de l’esclavage n’a pas fait des Réunionnais des hommes totalement libres égaux et fraternels. Certains propriétaires d’esclaves ont été ruinés par l’abolition de l’esclavage se sont réfugies dans les hauts de leur île pour cacher leur misère et leur plongée ans une situation d’esclave.
L’abolition de l’esclavage n’a été qu’une étape de notre histoire et un pas de plus dans l’édification d’une société plus juste et fraternelle. Mais aujourd’hui nous sommes loin de cette société plus juste et plus fraternelle avec plus de 40 % de notre population au-dessous du seuil de pauvreté et presque 30 % de notre population active au chômage. Notre condition humaine n’est pas plus enviable que celle de nos ancêtres et risque encore de se dégrader si nous ne réagissons pas rapidement.

Après la fête mettons-nous au travail pour construire cette société plus juste dans laquelle nous serons réellement libres égaux et fraternels.

Joseph Luçay Maillot