Di sak na pou di

Réforme de l’hôpital, oui ! Pour soigner le symptôme, ou le malade ?

Frédéric Paulus / 26 mars 2020

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Ce courrier fait suite à la publication de l’ouvrage de Jean-Jacques Kupiec « Et si le vivant était anarchique – La génétique est-elle une gigantesque arnaque ? » (1), à qui nous adressons nos analyses dans un précédant courrier consultable sur les sites « Témoignages.re » et « Europe Solidaire ». Avec la crise du coronavirus que nous vivons, cette tribune soulève implicitement la question mise en exergue : soigner le symptôme ou le malade lorsque sera abordée sereinement la question de la réforme de l’hôpital ?

Pour Jean-Jacques Kupiec, « une révolution est nécessaire dans les sciences du vivant. La génétique – fondamentalement déterministe – ne tient pas la route face à la somme de données expérimentales démontrant que le hasard est omniprésent dans le vivant, y compris dans le fonctionnement des « gènes » ». L’ordre biologique assigné à l’ADN devient une projection psychologique de « besoin d’ordre » des biologistes, invalidé par les faits. Nous mentionnerons quant à nous, cliniciens de la psychologie et anthropologues, que Victor de l’Aveyron, appelé « l’enfant sauvage », abandonné par ses parents après des maltraitances visibles sur son corps (par exemple des traces de brûlures de cigarettes), marchait comme un animal à quatre pattes et ne parlait pas. Sans le support de l’imitation, le processus d’hominisation, en principe contenu dans nos gènes, aura été épigénétiquement contrarié. De quoi donner raison à Marcel Jousse (1886-1961) qui pensait qu’initialement était l’imitation et secondairement le geste avant l’émergence de la parole, « Au commencement était le mimisme », Edgard Sienaert, (2). « L’enfant sauvage », livré à lui-même, sans support humain pour étayer son besoin mimétique s’est adapté épigénétiquement à sa forêt de l’Aveyron, extrait de cet univers, acculturé, il devint prostré et décéda autour de ses trente ans. De ce fait, on pourrait dire que le génome ne se suffit pas à lui-même, il est nécessaire à l’hominisation mais pas suffisant.

Dans ce courrier nous soutiendrons l’idée que les archétypes associés à l’activité onirique, des créations anarchiques en quelque sorte, créent de l’ordre du fait des capacités enactives des neurones, (Francisco Varela). Cet espace imaginaire humaniserait complémentairement au génome le bébé d’Homme. Un espace engendrant des images qui donnent du sens à la vie, propulsant un au-delà du Moi enfermé dans ses conditionnements bio-culturels. Ces images peuvent être déclenchées de l’extérieur ou créés de l’intérieur à notre insu car nous ne sommes pas conscients des processus qui gouvernent notre vie mentale et physiologique inconsciente. Dans divers domaines le principe de l’archétype se retrouve sollicité. Les rêves agréables ou pénibles où la production d’images dites « archétypiques » se retrouvent, la poésie également, les fictions ou romans, toutes ces productions seraient sous-tendues par des dispositions et potentialités inconscientes. Dans notre hypothèse, celles-ci viseraient à corriger les vicissitudes de nos personnalités qui auront subi des conditionnements entravant leur développement.

John Locke - philosophe anglais de la seconde partie du XVIIe siècle – faisait remarquer : « Notre affaire dans ce monde n’est pas de connaître toutes choses, mais celles qui regardent la conduite de notre vie…, de nos sentiments et des actions qui en dépendent… »
Selon Locke, la perception que nous avons de nous-même et du monde qui nous entoure résulte de deux sources de stimulation : - d’une part l’expérience qui sollicite nos sens et provoque nos sensations : le blanc, le chaud, le froid, le dur, le doux, l’agréable, le désagréable ; - d’autre part nos réactions internes, qui à l’intérieur de notre organisme engendrent elles aussi des sensations. Ce « sens interne » analyse en quelque sorte l’effet des perceptions externes et développe la réflexion. C’est une sorte de connais­sance de soi émerge issue de l’intérieur de l’être, acquise par la « réflexion introspective ». Locke regrettait déjà que la réflexion, un développe­ment du sens interne, ne soit pas suffisamment sollicitée dans l’éducation des enfants. Il faisait déjà remarquer : « Les enfants emploient ordinairement leurs premières années à voir et observer ce qui se passe au-dehors, de sorte que, continuant à s’attacher constamment à tout ce qui frappe les sens, ils font rarement sérieuse réflexion sur ce qui se passe au-dedans d’eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à un âge plus avancé. Il s’en trouve qui, devenus hommes, n’y pensent presque jamais… », Essai philosophique concernant l’entendement humain, Ed. Vrin, 1983.

Depuis Locke nous savons que le cerveau perçoit et traite l’information perceptive à notre insu et à notre profit. C’est ce que nous croyons percevoir avec les archétypes influençant la vie onirique. Le Professeur et chercheur en neuroscience Lionel Naccache en conviendrait lorsqu’il dit : « La diversité et la richesse des opérations mentales réalisables inconsciemment, loin d’être réduites à des processus archaïques « stupides », automatiques, rigides et figés, ces opérations extrêmement variées, culminent dans des opérations très complexes comme la représentation inconsciente de certains attributs sémantiques de mots écrits. La signification d’un mot non perçu consciemment peut-être inconsciemment représentée. » Il avance également qu’« à ce principe de diversité et de richesse de la vie mentale fait écho l’absence de sectorisation anatomique strict des corrélas cérébraux des processus cognitifs inconscients ». Aucun compartiment de la vie mentale consciente et inconsciente ne serait dépendant d’une aire géographique délimitée. Enfin, « le troisième résultat majeur dont nous ne commençons qu’à entrevoir la portée vise les relations de notre activité mentale consciente et ses inconscients bigarrés qui nous habitent. Certains de ces processus inconscients ne se déploient pas de manière indépendante de notre attention et de nos stratégies conscientes mais ils sont au contraire très sensibles à notre posture consciente », (3).

L’autocréation de notre vie onirique et des archétypes illustre cette prouesse de ces « inconscients bigarrés » qui nous renvoient à cette dimension première de l’inconscient phylogénétique qui plonge ses racines dans le génome et qui réagit tant à l’épigénome qu’aux influences du monde extérieur.

Lorsque l’enfant ouvre les yeux

La place nous manquerait si nous devions dresser un tableau récapitulatif de toutes les influences qui entourent et structurent qualitativement le développement de l’enfant dès qu’il ouvre les yeux, tout en sachant qu’il a été conçu neuf mois auparavant. Il prend connaissance de la personne qui l’aura porté pendant ces mois, si tout s’est bien passé ! Ses capacités discriminatives lui permettent de se repérer, ce qu’il a commencé à faire in utéro, à n’en pas douter sans le recours de la vue.
Rappelons que nous sommes la résultante de deux codes : - l’un génétique qui se combine entre celui de notre géniteur et celui de notre génitrice selon une réalité complexe (ou une logique darwinienne ?) toujours pas scientifiquement entièrement élucidée ; - le deuxième « code » selon une logique culturelle, sociale et économique. Ces codes s’impriment au plus profond de nos êtres sans que nous en soyons conscients. On sait qu’un enfant dont les parents auront eu l’habitude d’agrémenter leurs plats de piment, comme c’est très souvent le cas sur l’île de La Réunion, aura une prédisposition à accepter l’agressivité chimique du piment. Comme un petit Marseillais dont les parents auront été accoutumés à l’aïoli, ou à la bouillabaisse, aura une évidente attirance pour les saveurs de ces plats ; et cela, Réunionnais ou Marseillais, dès la vie fœtale.
Lorsque l’enfant ouvre les yeux, le sens qui aura le primat sur ses perceptions sera grandement sa vue activant ses neurones miroirs. Dès lors ses capacités à associer les aspects agréables ou désagréables aux images humaines qui l’entourent, le structurent, auxquelles il s’identifie par imitation pour le meilleur et ou pour le pire, seront grandement sollicitées, voir Claudine Junien (4). Durant les premières années, ses parents occuperont une place dans sa vie consciente et inconsciente de bébé. Les psychanalystes prétendent qu’il peut faire apparaître par hallucination ses parents afin de réduire l’angoisse de sollitude ou pour agrémenter sa vie imaginaire. On comprendra aisément que le recours à ces artefacts de rappel imaginaire peut être ressenti comme bénéfique pour le bébé si les images parentales ont été mémorisées comme bénéfiques. S’il devait en être autrement, si elles devaient provoquer des sensations négatives, on pourrait penser que le bébé ou le jeune enfant se trouverait dans la situation de rechercher d’autres images qui lui renverraient une sensation de vie par compensation ou substitution. Ce serait sur ces bases imageantes que se construirait le socle des archétypes. L’enfant en grandissant, quelque peu déçu de ses parents et en toute inconscience de cette déception, rechercherait des images humaines qui lui renverraient l’impression qu’une autre réalité perceptive peut exister. C’est ainsi que les cultures éducatives offrent aux enfants toute une palette d’images incarnées dans différents personnages imaginaires qui structureront la vie inconsciente de l’enfant : du prince charmant, de la princesse, de Jack et des géants, etc. L’ogre, la sorcière, deviennent ainsi des supports imagés dans un dialogue inconscient, « archétypique », pour aider l’enfant à projeter des espoirs, à évacuer ses déceptions ou ses peurs sur des images phobiques, à investir des images qui favorisent l’incarnation salvatrice et structurante implicite.
En ce qui me concerne, je projetais un courage me manquant sur David Crockett, (5) « l’homme qui n’a jamais peur ». « Si courageux,…/ il tua un ours du premier coup de fusil » dira la chanson. « Pendant la guerre contre les indiens,/ il reçut une flèche plantée dans une main,/ il l’arracha avec son autre main ». Plus récemment, l’image archétypique d’un colonel, une expérience fortement incarnée en moi, influença mes dispositions psychologiques et mon rapport à la théorie du psychisme. Il s’agit d’une sorte de « centration » de mon psychisme, l’expression provisoire de « sensation du Soi ». Serait-ce la sensation de se sentir “entier”, ou “centré” par rapport aux modules qui tirent à hue et à dia du fait du travail de la pulsion de vie revivifiée qui ordonne et irrigue de vie (flux vital) l’ensemble de l’organisme ?
Cette expérience s’est produite à la suite de la vision du film « La vie et rien d’autre », 1989, de Bertrand Tavernier. Il met en scène un colonel de l’armée française, incarné par l’acteur Philippe Noiret, personnage central chargé de recenser et d’identifier les morts à Verdun, après la guerre de 1914-1918.
Je me serais comme « projeté-identifié » sur ce que pourrait représenter le commandant chargé de cette difficile et pénible tâche, ô combien importante.
Avant de mener une introspection évaluative de ce phénomène perceptif, il est nécessaire de présenter ce film dans ses grandes lignes. Le lecteur pourra alors peut-être plus facilement partager mon ressenti. Nous sommes dans la sphère subjective, évoquée par Lionel Naccache plus haut, que nous cherchons à comprendre et si possible objectiver.
Les acteurs sont Philippe Noiret : le commandant Dellaplane ; Sabine Azéma : Irène ; Pascale Vignal : Alice, comme personnages principaux.
Deux jeunes femmes, Alice et Irène, sont à la recherche de l’être aimé disparu lors de la tragique guerre. Le commandant Dellaplane, chargé d’enquêter sur le sort des militaires partis au front, et en particulier de désigner le « soldat inconnu » qui reposera sous l’Arc de triomphe, se lie d’affection pour l’une d’elles, Irène.
Le film commence en novembre 1920. Alice, de milieu modeste, est institutrice. Irène, issue d’un milieu bourgeois de la région parisienne, est véhiculée par le chauffeur de son oncle par alliance par ailleurs sénateur. A la recherche de son mari porté disparu, elle fait le tour des hôpitaux militaires où sont encore soignés les blessés de guerre. Sa route croise une première fois celle du commandant Dellaplane, qui dirige le Bureau de recherche et d’identification des militaires tués ou disparus. Elle est choquée par son franc parler. Le capitaine Perrin, un collègue du commandant, est pour sa part chargé de dénicher la dépouille d’un « soldat inconnu » qui sera enseveli au pied de l’Arc de triomphe.
Par recoupements successifs le commandant Dellaplane s’aperçoit que l’homme recherché par les deux femmes pourrait être le même. Des sentiments de sympathie et d’entraide se nouent entre ces deux femmes qui ont aimé le même homme sans le savoir. Dellaplane ne juge pas opportun de les confronter pour leur confirmer ce qu’il découvre, il a un secret à préserver. Elles se raccrochent à des souvenirs différents qui lui donnent l’impression que cet homme devait extérioriser différentes facettes de sa personnalité en fonction de la femme aimée.
Malgré diverses pressions de ses supérieurs, le commandant maintient « le cap », fidèle à son éthique. Ce point est important : maintenir son éthique malgré une certaine pression hiérarchique, quand cela est possible, me semble satisfaisant. Mais cette attitude s’infléchit lorsque le commandant s’aperçoit qu’il ressent des sentiments pour Irène. Il semblerait qu’un changement de valeur s’opère dans son esprit. On sait par ailleurs qu’il est veuf. Sa femme défunte n’aurait pas jusque-là été “remplacée” dans son cœur.
Sa mission est précise. Il a reçu des crédits pour recenser les morts, non pour s’impliquer dans des compromis douteux tels que : faire une déclaration de mort de plusieurs soldats sur telle commune pour permettre à la Mairie de la dite commune de percevoir des subventions afin de construire un monument aux morts - les subventions étant proportionnelles au nombre de tués. Plusieurs scènes de négociations d’arrangements de ce genre se succèdent comme pour nous présenter les différentes facettes humaines, l’ombre de l’homme qui se manifeste même durant les moments douloureux, tels ces moments d’après guerre. A aucun moment le commandant ne juge son “prochain”, mais il ne cède pas pour autant aux transactions douteuses.
On imagine que le film se passe autour de Verdun. Un chantier est organisé à la sortie d’un tunnel de chemin de fer où un train de marchandises et de militaires est resté bloqué, en partie enseveli. Le tunnel fut piégé par les Allemands. Vu de loin le camp donne l’impression d’une “ruche”. Le chauffeur d’Irène se trompe dans ses perceptions, en voyant ce camp et toute cette agitation il croit que les militaires cherchent des escargots et qu’il y a une vente de charité avec des tréteaux et des objets étalés. En s’avançant on s’aperçoit que ces objets sont les restes ou débris d’objets ayant appartenu aux soldats tués, autant d’indices pouvant servir à identifier les morts. Certains soldats étant déchiquetés, il est préférable pour les familles de reconnaître préalablement des objets, avant et pour aider à identifier les corps.
Nous découvrons la face cachée de cette réalité humaine post-mortem autour des soldats morts au champ d’honneur.
L’acteur (Philippe Noiret) est-il sensé représenter l’élément externe d’un “contenu” interne, d’une “structure” interne nouvelle qui réunit divers composants de mon psychisme ? Ces différentes images d’hommes m’ont marqué par imitation et identification à eux, pendant mon enfance et mon adolescence. Progressivement lors de la vision du film, j’ai ressenti comme une sorte de synthèse s’opérer entre ces composants (ou modules cérébraux) ; une sorte d’intégration de ces multiples parties de mon Moi structuré de l’extérieur par les identifications déjà évoquées comme un au-delà plus intégré, un Soi dirait peut-être C. G. Jung.
Les termes doivent être bien circonscrits et suffisamment précis pour désigner une impression interne, à la fois une sensation « de vie » et un sentiment de “plénitude” comme un dépassement des identifications et des imitations. Ce ne serait pas l’acteur en lui même, dans sa réalité physique, qui aurait créé l’impression subjective. C’est la position éthique et symbolique qui émanait de l’acteur, en fonction de « dispositions psychiques antérieures », qui a provoqué « l’expérience ». Il est bien possible que ces “dispositions”, une sorte de “système” à découvrir, procurent une réponse explicative de l’expérience de « saisissement psychique » dite du “Soi” évoqué par les psychologues jungiens. Cette irruption psychique ressentie fut pour moi comme un événement, je pourrais presque dire une “révélation”. En terme technique, il me semble que ce genre d’expérience fut qualifié « d’expérience numineuse » par Rudolf Otto et par les analystes qui se réfèrent à Jung, in Le sacré, (1949). Ce phénomène peut apparaître pour certains comme relevant d’une expérience religieusement connotée, ce ne fut pas mon option. La biologie imaginaire créerait de l’ordre que « l’ADN stochastique » (J-J Kupiec) n’engendre pas.
Cette expérience “psychique” d’identification ou de projection, mais surtout en fonction de ses vertus de dynamisation, me fait maintenant reconsidérer certaines orientations de la vie psychique complémentairement à la génétique. Formulée d’une façon provisoire, on pourrait dire que la sensation saisissante de l’expérience résulterait d’une forte projection d’une représentation interne qui devait m’animer grâce à ce référent externe. Ceci semble se rapprocher de la définition d’archétype. Le terme « archétype » s’est constitué par Carl Gustav Jung peu à peu, au fil de diverses constatations, notamment dans ses analyses des rêves. Suivant le terme d’« imago » employé par le romancier Carl Spitteler dans son roman du même nom, Jung définit par là les personnages imaginaires, qui conserveraient une capacité enactive si l’on se fie aux travaux de Francisco Varela (6). Il s’agira surtout d’imago paternelle et d’imago maternelle dans un premier temps, explique Charles Baudouin (1893-1963). Le concept d’imago, créé en 1907 par Jung, rejoint alors le vocabulaire psychanalytique, synthétisant la perception subjective que l’enfant peut avoir de ses parents mais aussi la conception qu’il s’en fait, basée sur ses ressentis et éprouvés qui pour l’enfant ont une valeur « scientifique » pourrait-on dire.

La vie inconsciente imaginaire défie tout « code ».

L’imaginaire propre de l’enfant s’animerait donc d’un ensemble de processus imagés (du fait des modules), initialement à partir de ses figures parentales, s’énactant en fonction des différentes aires cérébrales selon lesquelles la logique « du tout de ces modules est plus que la somme des parties ». Avec la propriété énactive des rassemblements de neurones, elles créeraient des présentations de scénarios oniriques qui font sens pour l’enfant. Ce sont ces processus autoproduits par ces modules qui font penser que la vie inconsciente imaginaire défie tout « code ». Dans ce sens elle serait anarchique, pour nous, dans un cadre darwinien, jusqu’à preuve du contraire.

Ces processus émergeants imaginairement, à l’insu de la personne, comme semble le percevoir Lionel Naccache, en réaliseraient empiriquement une nécessité vitale et un besoin profond d’ordre bioculturel, ce qui semble faire défaut à la biologie uniquement sous l’influence du génome. En d’autres termes « le vivant anarchique », comme le décrit Jean-Jacques Kupiec, (1), serait régulé et ordonné par sa dimension phylogénétique responsable en principe de l’hominisation, actualisée imaginairement complémentairement à sa codification génomique. Cette dernière s’avère dépendante de l’environnement dans sa face épigénétique pour engendrer un Humain à partir d’un autre être humain favorisant les interactions mimétiques de développement, ce qui manqua à l’enfant sauvage. Réforme de l’institut des sourds et muets où il fut enfermé ?

Au moment de conclure, un doute m’envahit. Je citerai Edgard Sienaert (2) p. 102 rapportant Marcel Jousse : « On croit volontiers qu’avec des mots, on peut communiquer. Allons donc ! C’est avec des mots qu’on se trahit. Nous ne sommes pas capables de nous comprendre en nous parlant. »

Réf :
1) Jean-Jacques Kupiec, Et si le vivant était anarchique – La génétique est-elle une véritable arnaque ?, les liens qui libèrent, 2019.
2) Edgard Sienaert, Au commencement était le MIMISME, Essai de lecture globale des cours de Marcel Jousse, Association Marcel Jousse, 2014.
3) Lionel Naccache, « Des limites à la connaissance », pp. 42-47, in L’homme peut-il s’adapter à lui-même, sous la coord de Jean-François Toussaint, Bernard Swynghedauw et Gilles Bœuf, Ed Quae, 2012.
4) Claudine Junien « L’épigénétique : les gènes et l’environnement : pour le pire ou le meilleur », pp. 48-56, in L’homme peut-il s’adapter à lui-même, sous la coord de Jean-François Toussaint, Bernard Swynghedauw et Gilles Bœuf, Ed Quae, 2012.
5) David Crochett : Soldat, trappeur et homme politique américain, (1786), mort en 1836 au siège de Fort Alamo.
6) Francisco Varela, Eva Thomson et Eleanor Rosch, L’inscription corporelle de l’esprit, Sciences cognitives et expérience humaine, Seuil, 1993.

Frédéric Paulus, Directeur du CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)