Religions... en république !

4 octobre 2006

Je rentre du colloque qui s’est tenu le jeudi 28 septembre 2006, au Sénat, salle Médicis, sur le thème "La laïcité réunionnaise, un visage de la laïcité française". J’ai pris connaissance d’un courrier des lecteurs signé par "les Présidents des Loges Maçonniques du Grand Orient de France de La Réunion". Il y est dit que "La franc-maçonnerie rappelle que la laïcité est aussi l’œuvre des francs-maçons. Nous sommes, comme tous les citoyens, les héritiers de la laïcité et les bénéficiaires de la loi de 1905". Personne ne le nie. Et dans la séance de clôture du colloque, à Paris, Alain Bauer de la loge parisienne le Banquet, ancien grand maître du Grand Orient de France, a pris la parole pour exprimer la conception maçonnique de la laïcité qui s’est développée à travers "une laïcité combattante".

Cet article se termine de la manière suivante : "Sous couvert du ‘vivre ensemble’, ce colloque réduit la laïcité à l’arbitrage d’une société fondée sur le communautarisme. C’est un véritable détournement du fondement même de la nation laïque". C’est justement l’inverse qui a été montré à Paris et projeté sur l’avenir. Pour ma part, j’ai ouvert ma communication en disant : "Je me situe dans l’esprit de la laïcité qui, à mes yeux, est un art de vivre ensemble en tant que citoyens de la République, avec nos différences conjuguées, pour la construction d’une même communauté de destin".

J’ai fait valoir que dans notre île, "le métissage réunionnais fait voler en éclats l’idée qu’une religion est liée nécessairement à la couleur de la peau ou à une appartenance ethno-culturelle. Les croyants d’une même religion se répartissent en divers partis politiques. La langue créole est un patrimoine commun à toutes les composantes de la société réunionnaise. D’autre part, le concile Vatican II nous a amenés à lire positivement les valeurs du beau, du bien, du vrai qui se trouvent dans les autres religions".

J’ai terminé ma réflexion en disant : "Au sein de la République, les diverses spiritualités religieuses ou philosophiques n’ont de sens que par l’ouverture à la transcendance et par l’ouverture aux autres où nous nous interdisons de faire aux autres ce que nous ne voulons pas que les autres fassent à nous-mêmes. Nous ne sommes plus alors dans une logique de pouvoir les uns contre les autres, que ce soit en religion ou en politique. Nous sommes dans une synergie des diversités - j’ose le néologisme - pour une "biodiversité humaine" à réussir. Ensemble. Il s’agit finalement d’une logique de service pour le bien commun. Ce n’est pas la réussite de nos systèmes religieux respectifs qui est le critère de réussite de la société. Nous gagnerons quand nous gagnerons ensemble, quand notre vivre ensemble gagnera, avec ceux qui croient comme nous, avec ceux qui croient autrement, avec ceux qui ne croient pas".

"Rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. J’y vois le fondement même de la laïcité avec la séparation nécessaire entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Cela ne veut pas dire ignorance réciproque mais respect des champs de compétences, avec des responsabilités différentes, au service des mêmes populations. Dieu fait confiance à l’intelligence humaine pour qu’elle trouve les solutions adéquates, selon les époques, avec l’autonomie des réalités humaines".

Je tiens à la disposition de ceux qui le souhaitent le texte intégral de mon discours au Conseil Général lors de la visite de Monsieur Nicolas Sarkozy (le 29 septembre 2005) et ma communication du colloque au Sénat (le 28 septembre 2006).

Saint-Denis, le 2 octobre 2006

Mgr Gilbert Aubry


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