Rompre avec la “société capitaliste”

19 juillet 2007

Ce n’est pas la première fois dans sa longue histoire, de la SFIO au PS, de Léon Blum à François Hollande, en passant par Guy Mollet, François Mitterrand et Lionel Jospin, que le Parti socialiste voit s’en aller plusieurs de ses membres, attirés vers d’autres horizons. L’événement en soi n’a donc rien de surprenant, même s’il survient après une élection capitale où sa candidate avait fait une percée spectaculaire jusqu’à frôler un moment la victoire. On pourrait épiloguer à l’infini sur les raisons qui ont poussé Bernard Kouchner ou, aujourd’hui Jack Lang, à prendre leurs distances afin de répondre aux sollicitations de leur adversaire d’hier devenu entre temps Président de la République. Il y a belle lurette que les Français ne savent plus faire la différence entre un notable socialiste et un notable de droite, dans leur pratique quotidienne de la vie politique, dans leur comportement d’élus comme dans leur langage. D’autant qu’ils ont vu à l’œuvre pendant quelques années le gouvernement dit de la gauche plurielle en qui ils avaient mis leurs espoirs.
La grande habileté du Président de la République, c’est de jouer sur ce doute installé dans l’esprit des Français qui ne savent plus à quel saint se vouer et qui lui font une totale confiance, et de profiter largement des dissensions profondes qui existent au sein du Parti socialiste français. Ces divergences sur le fond trouvent leur source, on ne le dira jamais assez, dans l’ambiguïté permanente dans son rapport avec les puissances d’argent. Dès ses origines, le PS, n’a jamais eu une ligne claire, conforme en tout point aux objectifs énoncés dans sa déclaration de principes, et il n’a fait que louvoyer. S’il est vrai qu’au congrès d’Épinay, en juin 1971, François Mitterrand proclame que « celui qui n’accepte pas la rupture (...) avec l’ordre établi, (...) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, (...) il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ! », trente ans plus tard, après son avènement à la présidence de la République française, ces critères, qu’il avait lui-même définis, sont tombés au rang d’oubli, comme du reste les références révolutionnaires, pourtant inscrites dans la charte de son parti. Le Traité de Maastricht ne fera que confirmer son adhésion au système dit libéral que son parti était censé combattre.
De fait, le Parti socialiste a toujours été et reste toujours un parti social-démocrate. Un des mérites de Dominique Strauss-Kahn, c’est de l’avoir à nouveau ouvertement rappelé lors de l’annonce de son intention de se porter comme candidat à la magistrature suprême. Dans la foulée, son collègue, le sénateur-maire Jean-Marie Bockel, sera encore plus net et précis en se présentant ces jours derniers comme un “socialiste libéral” ; ce qui, du moins dans les termes, est proprement antagoniste.
Ne parlons pas ici de morale : le jugement que formulait le philosophe Alain il y a près d’un siècle, paraît aujourd’hui amplement dépassé : « On estime communément celui qui reste fidèle à ses opinions ; on méprise communément celui qui change d’opinion pour de faibles causes ».

Georges Benne


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus