APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
28 décembre 2006

Notre route du littoral est un sujet inépuisable. Avec le recul, il faut bien reconnaître que nous avons eu beaucoup de chance. Il est plus facile de trouver les 6 numéros du loto que de risquer de mourir sous une chute de pierre sur la route du Littoral. Démonstration. Pour être sûr de gagner au loto, il faudrait remplir les 13.983.816 combinaisons possibles...
Pour risquer de périr sous une chute de pierre, le calcul des probabilités montre qu’il faudrait passer plus de 17.315.000 fois sur la route ! En effet, en 31 ans, de 1975 à 2005, plus de 346 millions 315.000 véhicules sont passés au pied de la falaise et 20 accidents mortels ont été causés par une roche.
20 accidents de trop, mais, en 31 ans, sur la même route, 60 accidents mortels ont été causés par... l’imprudence des conducteurs. Les automobilistes sont donc 3 fois plus dangereux que la nature qu’on tente de "domestiquer". Mais le hasard a bien fait les choses. Pas pour ceux qui ont perdu un proche et pour qui ce fût un drame inguérissable et qui ont droit à toute notre sympathie. Mais pour tous ceux qui ont échappé à l’hécatombe annoncée. Je m’explique.
Les accidents dus à des chutes de pierre ont eu lieu, jusqu’à présent, à un moment où aucun véhicule n’était à l’arrêt sous la falaise. Hélas, de plus en plus souvent de longues files de véhicules "stationnent" au pied d’une falaise fragile. Que va-t-il se passer si un pan de falaise s’écroule comme en mars dernier ? Outre les dizaines de tués sous l’éboulis, la panique provoquera d’autres victimes en grand nombre. L’ouverture, dans les prochains mois, de la route des Tamarins, va amplifier le phénomène en permettant à de plus en plus de véhicules de se précipiter vers le Nord de l’île.
Des mesures simples et peu coûteuses sont possibles pour empêcher l’hécatombe. Le principe consiste à considérer la route du Littoral actuelle comme une sorte de tunnel sans plafond. Un tunnel qui peut se refermer comme un piège mortel pour ceux qui seront "dedans" quand le pan de falaise s’écroulera. Depuis la catastrophe du Mont-Blanc, des mesures de sécurité très strictes ont été mises en place dans les tunnels de grande longueur. Il faut les appliquer au tunnel à ciel ouvert qu’est notre route. En particulier, une régulation stricte du trafic doit empêcher qu’un véhicule ne s’engage sur la route s’il y a le moindre obstacle à sa libre circulation jusqu’à l’autre extrémité du "tuyau".
Concrètement, tant que des véhicules sont à l’arrêt à l’entrée de Saint-Denis sous le tunnel, on doit empêcher l’accès à la route du côté Possession. Mieux vaut attendre derrière des barrières de type "passage à niveau" qu’au pied d’une falaise qui peut s’ébouler. De même, il faut désormais proscrire absolument toute solution de type "canal bichique", sans échappatoire possible, qui serait interdite dans un tunnel.
Tout dispositif qui aboutit à faire stationner des véhicules au pied de la falaise est tout simplement criminel et je pèse mes mots. Plus généralement, il faut s’inspirer de TOUTES les mesures de sécurité drastiques appliquées dans les tunnels longs (1). En particulier, il est urgent d’organiser des exercices de simulation d’évacuation de la route en cas de chutes de pierres massives. Une bonne organisation des secours (un plan Orsec spécifique) permettrait de sauver des vies. A ma connaissance, il n’existe pas, mais je peux me tromper.
Oui, nous avons eu beaucoup de chance ! Il se pourrait bien qu’en une fois - demain ? la semaine prochaine ? - le nombre de tués depuis 31 ans double ou triple en une minute. Les pouvoirs publics sont désormais prévenus. N’attendons pas qu’il soit trop tard pour mettre en place ces mesures de bon sens.
Charles Durand
Le Brûlé (Saint-Denis)
(1)Voir le site internet de l’équipement www.cetu.equipement.gouv.fr à la rubrique sécurité
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