Saint-Charles, Dambierre : Réunion, ton patrimoine f... le camp !

5 avril 2007

Simple et pur hasard ? Ou occulte démonstration de force ? C’est précisément et emblématiquement à la date du vendredi saint, ce 6 avril 2007, que se déroulera au tribunal correctionnel de Saint-Denis un nouvel épisode de ce que certains appellent “l’Affaire Saint-Charles”. Sur plainte des notaires saint-paulois (Bernard Lagourgue, Alex Gauthier, Gina Grondin et Philippe Vergoz), les responsables de l’AEFC (Amicale de l’École Franco-Chinoise de Saint-Paul) y seront entendus. Incontestablement, et pas seulement en raison de la date choisie, les ombres monseigneurales et prélatiennes planeront pesamment sur cette audience.
Un bref rappel des faits s’impose. L’AEFC est locataire depuis les années 60 de la Maison Desbassyns qui a abrité l’école franco-chinoise de Saint-Paul, connue sous le nom d’“École Saint-Charles”, puis les activités culturelles et éducatives de l’association. Propriétaire du terrain et de l’historique bâtisse, l’Évêché informe l’AEFC, en 2005, de la vente du lieu aux notaires de Saint-Paul et la fin programmée de son bail en 2010. Cette annonce brutale met évidemment en émoi l’association. Mais aussi tous les Réunionnais d’origine chinoise, pour qui ce lieu, restauré, entretenu, suivi par leurs Anciens, leurs parents et eux-mêmes, est empreint d’une emblématique particulière, car profondément lié à leur histoire, leur culture et leur mémoire.

Une date opportunément choisie ?

Les conditions de la vente aux notaires saint-paulois sont remises en cause par l’AEFC, ses adhérents, ses sympathisants et l’ensemble de la représentation associative sino-réunionnaise. Ce qui déclenche inévitablement polémique, ressentiment, amertume, incompréhension et colère. Celle-ci, mauvaise conseillère, entraîne aujourd’hui les différentes parties à se retrouver devant un juge.
Tels sont les faits...
Et maintenant ?
Cette contestation initiale et cette confrontation à venir devront forcément enrichir une réflexion positive, à la lueur de l’histoire des Hommes, laquelle s’est toujours focalisée autour de trois grandes constantes évolutives : le lieu, le temps, l’action.
Le lieu, d’abord : cette École Saint-Charles est assurément chargée d’une émotion particulière, eu égard à son histoire. Mais eu égard, aussi, à une actualité qui met en exergue l’évolution flagrante de l’enseignement de la langue chinoise dans le monde en général, et à La Réunion en particulier. Chacun aura déjà entendu évoquer l’ouverture prochaine d’un Institut Confucius dans notre île. Cela nous rappelle, fort à propos, la visite récente de l’Inspecteur Général de l’Éducation Nationale de chinois qui, en découvrant l’École Saint-Charles, s’en émerveillait et évoquait la “magie” du lieu. Quel plus bel et plus évident écrin pouvait-il y avoir pour accueillir ce futur Institut Confucius ! Las...
Le temps, ensuite, qui converge vers cette date du mois d’avril. Alors que Notre Évêque, partie intégrante et essentielle de cette affaire, ne sera pas cité à cette audience, son indicible présence s’inscrira en filigrane de tous les débats, ce que le symbolisme du vendredi saint ne manquera pas de surligner. Consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement, cette date nous paraît opportunément choisie, assurément expiatoire.
Dès lors, comment passer sous silence cette autre merveilleuse réalité historique, toujours liée au mois d’avril ? Il y a exactement 53 ans, au mois d’avril 1954, les pères Pascal Kuo et Antoine Lan Pin Ho, ordonnés quelques mois auparavant à Macao, débarquent à La Réunion à la demande de Monseigneur de Langavant. Ils viennent aider à l’évangélisation des Réunionnais d’origine chinoise, tâche dont ils s’acquitteront avec une efficacité reconnue, inscrite dans tous les livres d’histoire. Et c’est le même Père Antoine Lan qui, en 1958, s’est attaché à la reconstruction de la Maison Desbassyns, alors en ruines, avec l’aide matérielle et financière des Réunionnais d’origine chinoise, pour en faire une école franco-chinoise. Que la mémoire du Père Antoine Lan éclaire donc également cette audience du vendredi saint !

On piétine la culture réunionnaise !

Et l’action ? L’affaire Saint-Charles nous apparaît révélatrice d’une situation globale aggravante sur notre terre réunionnaise, faire de partage. C’est toute la culture de notre pays - composée, comme on le sait et on s’en vante, de toutes ces cultures du monde qui se côtoient et se croisent ici - qui est menacée, comme le montrent de gravissimes actes récents de dénie et de reniement de notre patrimoine historique réunionnais commun
Comment ne pas faire le lien, ici, avec l’actualité récente qui a vu la destruction brutale de la Chapelle Dambierre, construite il y a plus d’un siècle par les engagés indiens sur les terres sainte-mariennes ? On a piétiné une des pierres angulaires de l’édifice culturel réunionnais, on l’a atomisé, on a tenté de la jeter aux oubliettes... Comment ne pas faire référence, ici, à l’alarme récemment et justement déclenchée par les associations tamoules dès lors que celles-ci ont constaté que le tracé du futur tram-train pouvait mettre en péril le site du Lazaret de la Grande Chaloupe ? Il a fallu faire preuve de beaucoup de vigilance !
À Saint-Paul, l’émotion instantanément suscitée par la mésaventure de l’AEFC a laissé place à la réflexion. Finalement, pour les Réunionnais d’origine chinoise, ce n’est pas tant le fait de devoir se séparer de ce lieu emblématique qui est apparue comminatoire et vexatoire. C’est surtout le sentiment de ne pas avoir pu s’opposer à un véritable acte sacrificiel, celui d’un lieu empreint de l’Histoire de La Réunion que l’on arrache à la culture de La Réunion pour la laisser entre les mains d’intérêts d’ordres privé, spéculatif et purement financier.
C’est en pleine conscience de ce dérapage de notre histoire que la Fédération des Associations Chinoises avait proposé opportunément à la mairie de Saint-Paul de transformer la Maison Desbassyns en une Maison du Partage des Cultures, abritant l’ensemble des forces culturelles de la société réunionnaise. Sur le territoire qui se dit être le berceau du peuplement de La Réunion, quel beau symbole cela aurait été ! Hélas... Il était fatalement trop tard, tant sur le plan des opérations juridiques que sur celui de la volonté politique !

Assez causer !

Il faut savoir tourner la page. De Saint-Charles. De Dambierre. Mais il faut que ces événements agissent comme le détonateur pacifique d’une autre manière de voir, de penser, de réfléchir. De nous ouvrir surtout à la conscience de l’unité profonde du destin de l’humanité, de l’utilité même du partage des cultures, particulièrement nécessaire à notre époque. Il vaut mieux toujours préférer la concertation à l’extinction, privilégier les visionnaires au détriment des réfractaires. Parce que ce que l’Homme réunionnais a de plus cher, quelle que soit son origine, sa classe sociale, sa culture, c’est son histoire, sa mémoire, ce sont ses racines, ses traditions, les valeurs de ses aînés, c’est-à-dire tous ses repères intimes sans lesquels il peut se sentir frustré et malheureux.
Il est, en conséquence, grand temps de mettre les faits en concordance avec les paroles et les écrits. Rappelons-nous que le 4 novembre 2006, le Préfet, le Président de la Région, la Présidente du Conseil Général et le Président de l’Association des Maires de La Réunion, ont co-signés une « charte pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel réunionnais ». Pour faire valoir leur paraphe officiel sur ce document, les autorités signataires se déplaceront-elles à l’audience de ce Vendredi saint ? Pour exprimer et concrétiser les écrits de ce document officiel, viendront-elles y clamer leur attention à l’Histoire de La Réunion ? Oseront-elles mettre en totale harmonie et adéquation leurs intentions et leurs actions ?
Nous observerons. Nous analyserons. Nous réfléchirons. Nous tirerons les conséquences...

Jerry Ah-Hee-Ayan,
Président de la FAC-Réunion
(Fédération des Associations Chinoises de La Réunion)


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Messages

  • Réclamons la destruction d’un lieu de culte catholique...l’on verra alors ceux qui se préoccupent du dialogue inter culturel se déchirer, à moins que l’on ne considère l’acte du Barau contre la chapelle Dambière comme négligeable !

    allez ..rendors toi réunionnais....c’est bien là la seule chose que les politiciens et autres prêcheurs t’ont appris à faire depuis plus de 200 ans...

    A quand la remise en cause de l’intervention des catholiques au XIXème siècle au regard de l’effacement des traditions orales et cultuelles des cafres !!! mais c’est vrai, il est plus facile d’honorer les zarboutans nout’ kiltir que de s’attaquer à l’église catholique ...

    allez réunionnais un petit effort encore...!!


Témoignages - 82e année


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