Di sak na pou di

Santé digitale : une nécessité ?

Bruno Bourgeon / 5 mars 2019

JPEG - 17.3 ko

Le retard pris par notre pays en santé numérique est considérable, alors que le digital submerge tous les aspects de nos vies, tant privée que sociale ou professionnelle. La relation singulière entre le médecin et son patient, à laquelle nous sommes tant attachés, doit aujourd’hui savoir intégrer les modifications de comportement des usagers du système de santé et composer avec les nouveaux moyens de communication.
Au cœur de l’e-santé, la consultation médicale n’échappe pas à ce tsunami digital. Les plateformes de mise en relation à distance du praticien et de son patient fleurissent comme autant de start-up. L’ubérisation du marché de la santé est une réalité et la téléconsultation colle parfaitement à cette définition : un phénomène récent consistant en l’utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies.
La liste des bénéfices attendus de la consultation en ligne est longue comme un jour sans pain : éviter de perdre du temps dans les transports, choisir son horaire pour ne plus entrer en conflit avec le temps de travail, désengorger les salles d’attente des cabinets libéraux voire des urgences hospitalières, lutter contre l’inégalité d’accès aux soins dans les déserts médicaux…

Toutefois, ne soyons pas des béats du high tech. En miroir de ces avantages, il y a des risques de mésusages et de dérapages. L’acte médical est ici amputé de sa composante spécifique qui est l’examen clinique. Exit la palpation, la percussion, l’auscultation. Supprimées également toutes ces informations subtiles qui nous assaillent et nourrissent notre raisonnement hypothético-déductif dès qu’un patient s’allonge sur la table d’examen. Le médecin ne sera dépositaire que de ce que le patient voudra bien lui dire. Il faudra compenser la perte par un interrogatoire exhaustif et une inspection succincte par écran interposé.
En dehors de tout contexte d’urgence, cette virtualisation de la relation singulière peut bien souvent suffire pour un premier contact de débrouillage, pour conseiller ou orienter vers un spécialiste, pour rassurer un anxieux d’un simple clic ou pour assurer le suivi d’un patient bien connu. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’assurance maladie accepte depuis septembre 2018 de rembourser la prestation au tarif de la consultation en présence.

Même si l’on n’a pas encore trouvé mieux qu’une présence humaine pour consoler, rassurer et réconforter, la téléconsultation doit aujourd’hui trouver sa place dans nos stratégies de prise en charge et de suivi thérapeutique. Collectivement, médecins et patients avons la responsabilité de son bon usage. L’éthique professionnelle du médecin doit être le garde fou de tout dérapage mercantile ou insuffisance de prestation génératrice de perte de chance. Quant à l’usager, à lui d’être un consommateur-acheteur intelligent et de ne pas confier tout son capital santé aux bons soins des GAFAM. L’adage disant que la Santé est notre Bien le plus précieux, il faut encore parfois faire l’effort d’aller pousser la porte du cabinet médical.

Dr Bruno Bourgeon
vice-président de l’Espace éthique de La Réunion