Di sak na pou di

Socialiste ?… vous avez dit socialiste ?

Georges Benne / 10 juin 2017

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« Si les socialistes appliquaient encore aujourd’hui les critères définis par François Mitterrand au Congrès unitaire d’Epinay, en juin 1971, nul doute que le PS ne pourrait plus se dire… socialiste ! ‘‘Celui qui n’accepte pas la rupture (…) avec l’ordre établi, (…) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérant du Parti Socialiste !’’, proclamait alors celui qui allait devenir le premier secrétaire du PS… »

Ces lignes qui ouvrent l’article de Michel Noblecourt, paru dans le journal ‘‘Le Monde’’ du 10 mai 2001, sont encore plus vraies en 2017, au moment où le parti est en pleine déroute après sa lourde défaite des élections présidentielles et qu’il voit ses électeurs comme ses élus l’abandonner en si grand nombre. Pour n’avoir pas suivi la ligne qui avait été tracée il y aura bientôt un demi-siècle, en pratiquant la même politique que le pouvoir en place, en ménageant sans cesse les « puissances de l’argent », le PS paye aujourd’hui le prix de tant de compromissions, de reniements, de trahisons…

Et pourtant le message avait été on ne peut plus clair, quand il avait posé ouvertement la question « Reforme ou révolution ? » et qu’il y avait répondu : « J’ai envie de dire (…) oui, révolution (…) et dans son discours qui restera à jamais dans l’histoire, il avait nommément désigné la cible : « Le véritable ennemi, j’allai dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi - si l’on est bien sur le terrain de la rupture initiale des structures économiques - c’est celui qui tient les clefs… c’est celui qui est installé sur ce terrain là, c’est celui qu’il faut déloger… c’est le Monopole ! terme extensif… pour signifier toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! (…) et quand je regarde ce que recouvre le mot (monopole), je pense que tout part de là, car le reste, ceux qui gouvernent en politique, ce ne sont que les exécutants de ces monopoles. » Et quand il avait apporté aux congressistes les éclaircissements qu’il jugeait nécessaires : « Quel est notre terrain ?.. Quel est notre adversaire ?.. Et maintenant, quelle est notre base ? Je veux dire : quels sont nos frères, quels sont nos compagnons de combat et puis ceux qui ne le sont pas mais qui sont liés à nous, le monde des travailleurs… par les mêmes intérêts ; et il n’y a pas d’explication… il n’y a pas de parti politique qui ne repose sur une explication économique d’abord ; un parti obtient le pouvoir, ensuite il gouverne pour tous les Français, mais il exprime une vérité première : l’affirmation de la justice rendue aux millions d’exploités, d’aliénés, de frustrés, d’opprimés ! »

Maintenant que la France doit faire face à ses neuf millions de pauvres et à ses six millions de chômeurs, la seule vraie solution pour s’en sortir, n’est-elle pas celle préconisée par François Mitterrand un certain jour de 13 juin 1971 ?

Georges Benne