Di sak na pou di

SOS d’une enseignante en détresse

Témoignages.re / 8 juillet 2017

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L’année scolaire s’achève et les difficultés de la rentrée 2017 pointent leur nez. Le nouveau gouvernement affiche une politique ambitieuse pour l’école visant à améliorer les résultats de nos élèves ; nous ne pouvons que nous en féliciter…

Cependant la question des moyens pour la mise en place des nouvelles mesures reste bien souvent floue. A la rentrée prochaine, l’Académie de la Réunion va avoir besoin d’enseignants du premier degré.

En prévision de ce déficit, M. le Recteur a demandé au Ministre de l’Education nationale la possibilité d’ouvrir la liste complémentaire au Concours de Recrutement des Professeurs des écoles afin de faire appel aux jeunes qui n’ont pas obtenu le concours en 2017. Cette mesure est tout à fait louable si on considère la difficulté que les jeunes diplômés réunionnais rencontrent à trouver du travail.

De source syndicale, cette mesure ne sera pas suffisante pour combler le manque d’enseignants et permettre aux écoliers réunionnais à avoir un taux d’encadrement satisfaisant dans toutes les écoles de l’île.

Les services académiques de la Réunion ont également ouvert massivement la possibilité aux enseignants n’ayant pas obtenu satisfaction aux permutations nationales d’entrer dans l’académie par le biais d’un inéat.

Je fais partie de ces enseignants qui demandent depuis deux ans déjà l’autorisation de travailler dans le même département que mon conjoint, là où mon foyer est installé, où mes enfants sont scolarisés, où je paye mes impôts… Malheureusement, ce droit m’est refusé car le département métropolitain où je travaillais refuse de me laisser partir par le biais d’un exeat.

Résultat : pour l’année scolaire prochaine, je suis obligée de me « mettre en disponibilité ». Certains diront que je suis enseignante, fonctionnaire et que je n’ai pas à me plaindre… il me semble important de préciser toutefois ce que signifie « être en disponibilité » pour un enseignant.

Pour une année scolaire, on renonce à toute rémunération et à toute possibilité d’exercer le métier d’enseignant (ni remplacement, ni vacation aussi bien dans les établissements publics que privés, puisque ces derniers sont sous contrat avec l’Education nationale à la Réunion), à tout droit à l’avancement et on ne cotise pas pour la retraite. C’est une « année blanche », qui de plus nous fait perdre la moitié des points pour « rapprochement de conjoint » lors du prochain mouvement.

Le bien-être de mes enfants n’a pas de prix ; mais je me demande bien comment l’Education nationale peut orchestrer un fonctionnement aussi injuste.

Aujourd’hui, je lance un appel à vous, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs les députés de la Réunion : aidez les enseignants qui comme moi, sont « pris en otages » par d’autres départements à pouvoir retrouver le chemin de l’école, là où ils seront utiles. Permettez-nous d’enseigner aux jeunes réunionnais !

Depuis plus d’un an, je n’ai cessé de crier ce message, mais la voix d’une petite professeure des écoles n’a aucun écho face à la machine administrative. Votre voix aura certainement plus de poids car sans un geste du ministère de l’Education nationale, les enseignants dans mon cas vont encore subir cette situation une année de plus !

Johanna Dijoux, professeure des écoles depuis 15 ans