Di sak na pou di

Surpopulation : facteur de surconsommation planétaire ?

Bruno Bourgeon / 30 avril 2020

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Entre 100 et 300 millions de Terriens il y a 2000 ans, le milliard franchi entre 1810 et 1830, 7.5 milliards en 2017, 7.7 milliards en 2019, 9.7 milliards en 2050, 11 milliards en 2100 : la surpopulation serait le dernier fléau écologique. Vraiment ?
En 1798, un pasteur anglican économiste du nom de Thomas Malthus, publie : « Essai sur les principes de la population ». Il montre que la population anglaise croît de manière géométrique quand les ressources alimentaires croissent de manière arithmétique. Le chaos par la famine guette la couronne. Malthus a la solution : contrôle des naissances partout où elles sont le plus problématiques, i.e. chez les pauvres. Il écrit avec tact : « nous devons rendre les rues plus étroites, entasser plus de gens dans les maisons, et encourager le retour de la peste. » La mortalité des plus démunis comme facteur de régulation de la démographie.

En 1968, Anne et Paul Ehrlich publient : « The Population Bomb ». Remake hollywoodien de Malthus : trop de voitures, trop d’usines, trop de détergents, trop de pesticides, la cause en est toujours la même : trop de monde sur Terre.
Prenons ces théoriciens à la lettre. Le Jour du Dépassement (JD) est la date à partir de laquelle l’Homme consomme plus de ressources naturelles que la Terre ne peut en fournir en une année : en 1970, c’est le 29/12, en 1990, le 11/10, en 2019, le 21/07 : nous avons consommé 1.75 planètes pour 2019. Mais qui est ce « nous » ? Dans les 30 prochaines années, la moitié des 2 milliards à naître seront issus de 9 pays : Inde, Pakistan, Nigéria, République Démocratique du Congo, Éthiopie, Tanzanie, Indonésie, Égypte, et États-Unis. 5 sont situés en Afrique, laquelle quadruplera sa population d’ici 2100.

Revenons sur le JD. Si l’Humanité consommait comme le Qatar, le JD serait le 11/02 ; les USA, le 15/03 ; l’Allemagne, le 03/05 ; la France, le 14/05 ; le Royaume-Uni, le 17/05 ; Pour les champions de la démographie galopante : l’Egypte, le 25/11 ; l’Indonésie, le 18/12, les 6 autres n’ont pas de JD.
Pour autant, pourra-t-on nourrir tout le monde ? la production céréale annuelle est de 2.5 milliards de t, de quoi nourrir 10 à 12 milliards d’Humains : 43 % pour les Hommes, 36 % pour le bétail (chiffres de 2015), bétail racheté par une minorité assez riche pour s’offrir de la viande. Le problème est la répartition.
La peur est tenace, Malthus revient à la mode. En 1950, les USA vantent le contrôle des naissances pour le tiers monde, par peur du communisme rampant dans un monde empli d’inégalités sociales. D’autres pointent les mères africaines. Et si nous inversions la logique ?

• Si l’Inde exhortait les USA à lancer des politiques de contrôle du poids ? En 2012, une étude montre que l’obésité représente l’équivalent d’un demi-milliard de personnes à nourrir en plus.

• Si l’Ethiopie exigeait de la France un contrôle du vieillissement ? En 2050, un quart de la population française aura plus de 65 ans. Qui dit vie plus longue dit empreinte écologique plus lourde.

• On continue dans l’absurde ? En 2050, quoi qu’il advienne, nous serons deux ou trois milliards de plus. Même avec une politique de l’enfant unique, une pandémie, ou une guerre meurtrière. Cependant la fécondité évolue : de 5 enfants par femme en 1950, on est passé à 2.5 enfants en 2020. A l’échelle mondiale. Il y a 50 ans, la croissance démographique était de 2 %/an. Aujourd’hui, elle est de 1.1 %/an. Ce n’est pas la démographie qui est incontrôlable, mais la peur qu’on en a.

Agiter le fanion de la surpopulation nous évite de questionner nos modèles de société. Regardons la démographie en face : elle a d’autres choses plus essentielles à nous raconter. Elle n’est pas le seul facteur humain impactant l’environnement. On dit que les Occidentaux redoutent l’enrichissement et la surconsommation du tiers monde : ne serait-ce pas plutôt ces mêmes Occidentaux qui veulent vendre leur système et générer plus d’argent pour leur propre profit ? Ne nous laissons pas leurrer par de sombres pasteurs anglicans, d’hier ou d’aujourd’hui. Et surtout ne raisonnons pas, en terme de population, de manière globale : il faut toujours contextualiser.

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
D’après #DataGueule du 17 février 2020