Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
8 octobre 2010

Les Réunionnais se sont levés et ont manifesté pour témoigner de leur soutien à Sakineh. Dieu soit loué, les Réunionnais sont solidaires dans le malheur. Mais n’oublions pas que Sakineh, dont le sort a ému le monde entier, n’est pas définitivement sauvée pour autant. Elle est juste en sursis dans le couloir de la mort. Suite à la mobilisation indignée internationale, la sentence de sa mort par lapidation a été suspendue par les autorités iraniennes, qui ont annoncé qu’elle était en cours de réexamen. Était-ce pour endormir les esprits ? Car, depuis, on n’en entend plus parler. Mais n’oublions pas que suspendue ne veut pas dire annulée.
Cette lamentable affaire m’a fait me rappeler ce livre, “La femme lapidée”, que j’avais lu il y a exactement 20 ans, lors de sa parution en septembre 1990. L’auteur, Freidoune Sahebjam, journaliste qui collabore régulièrement avec de grands médias européens comme “Paris-Match” ou “L’Express”, est condamné à mort depuis 1979 dans son pays, l’Iran. Néanmoins, il s’y est rendu clandestinement en 1987, pour reconstituer heure par heure l’exécution dont sont victimes des centaines de femmes chaque année dans son pays.
Son livre, dédié à une certaine Safinaz, raconte les derniers moments de la vie de Soraya (ses parents l’avaient appelée ainsi parce qu’elle était née le jour-même où le shah avait épousé une princesse qui portait ce prénom), accusée d’adultère, depuis le verdict rendu par les hommes de son village du sud-est de l’Iran jusqu’à sa sinistre exécution à coups de galets lancés par ses proches. L’auteur a retrouvé les principaux acteurs et les tortionnaires de cette tragédie.
La lecture de ce document est insoutenable, mais il faut le lire pour prendre conscience que la barbarie sévit toujours là-bas quelque part sur notre planète et qu’il faut que nous nous levions tous pour contribuer à la faire disparaître.
En exergue de ce livre (éditions Grasset) figurent bien à propos ces mots du célèbre poète Hafez : « Ne fais pas comme l’hypocrite qui croit masquer sa ruse en citant bien haut le Coran ! ».
Marc Kichenapanaïdou
Courrier des lecteurs
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