« Tout devient (vraiment) possible ! »

23 mars 2007

A en croire les tendances lourdes des sondages, F. Bayrou grignote à droite et à gauche. Et, N. Sarkozy qui « commençait à la sentir », qui se voyait déjà réussir le coup de la « grande alternance » à partir de son numéro de « j’ai changé » en nous la jouant Jaurès, Blum, Hugo, Renan, etc., a retrouvé au galop son naturel chassé. Le voilà donc à rôder, sans scrupule, sur les terres lepénistes et villiéristes. Après avoir annoncé qu’il voulait aider le finaliste de 2002 à obtenir ses parrainages, il poursuit sa drague, pour contrer la manœuvre anti-systémique de Bayrou, en avançant la création d’un ministère de « l’immigration », hasardeusement accolée à « l’identité nationale ». (...) Lui, le « pro-américain », lui le partisan du « patriotisme économique » dont on a vu le résultat dans « la fusion GDF-Suez » ou encore Arcelor-Mittal, lui l’ami de « l’exilé fiscal », lui l’agent du « rôle positif de la colonisation »... lui, régent de l’identité nationale ? « Totoche ton manman ! », l’école, le brassage sociologique naturel, etc. ne suffiraient-ils plus alors à produire une identité nationale ? Mais qu’espère-t-il régler au fond, qu’espère-t-il enrayer en instaurant cet ordre moral ? Et, si on ne satisfait pas à l’identité telle que, d’en haut, le ministère la concevrait, il faudra alors envisager l’asile politique ? La république a de sérieux soucis à se faire avec Sarkozy.
De son côté, S. Royal qui, face à l’échec de la structuration du non de gauche, misait fortement sur une dynamique de « vote utile » s’en trouve contrainte à plus de pédagogie de son pacte présidentiel. À vrai dire, le « ségolénisme » est une exception du socialisme français, lui-même d’exception. Il mérite une dose d’explications hors du commun. Il faut donc que les socialistes, y compris locaux, s’y emploient en consentant à dépasser au plus vite leur onanisme et à tendre la main, à enseigner sa doctrine pour emballer crescendo la campagne de gauche. Car prudente, la candidate se refuse à être l’avocate d’une cause (anticapitalisme) qu’elle jugerait perdue d’avance. Elle contient strictement ses engagements dans le difficile contexte (...) : petite majoration des petites retraites, frilosité sur la hausse du SMIC, timidité sur les retouches fiscales, hésitation sur la carte scolaire... pour semble-t-il sauver a minima la cohésion à mal depuis 2002 en raison de la fracture sociétale causée par la non poursuite du traitement de la fracture sociale justement diagnostiquée en 1995 par J. Chirac. Mais au fond, le changement fort (qu’elle prône au travers d’un slogan) ne saurait provenir que d’un peu probable retournement idéologique au niveau européen ! Terrain sur lequel elle ne peut trop se risquer ! Sur quoi, elle aurait d’ailleurs raison(...). C’est aussi dire si les Français sont sceptiques sur leur capacité collective à changer l’ordre économique et social actuel.
C’est donc pour conclure à se demander si un duel Royal / Bayrou (qui siège au sein du groupe de droite PPE au Parlement européen) le 6 mai ne constituerait pas pour la démocratie, entre autres duels moins probables, la confrontation humaniste idéale entre deux projets de société !

Jean-Hugues Savigny
(Militant socialiste, La Possession)


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Témoignages - 82e année


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