Tribune libre du collectif ARTERE

Trois-Ravines : sécuriser, oui — mais selon quelles règles ?

23 juillet, par Collectif ARTERE

Les 20 et 21 juillet, une vingtaine d’arboristes professionnels ont manifesté symboliquement en haut et autour d’un arbre à abattre à Saint-Louis. Notre collectif citoyen et associatif salue leur mobilisation courageuse et les en remercie.

En cause : un chantier de sécurisation des radiers du Gol, de Maison Rouge et des Goyaves, submergés à chaque grosse pluie. La Mairie a refusé de discuter tant que l’arbre était occupé. Ce blocage cache un vrai débat, qui dépasse ce seul chantier.

Personne ne conteste l’urgence sécuritaire d’adaptation

Les radiers submersibles mettent des vies en danger à chaque épisode pluvieux, un risque amené à s’aggraver avec le changement climatique. Sécuriser ce secteur est nécessaire, et même les arboristes mobilisés disent ne pas s’opposer à l’aménagement en tant que tel.
La Mairie rappelle aussi des éléments sérieux : un projet à 25 millions d’euros attendu depuis des décennies, 20 arbres abattus contre près de 2 000 replantés, et un manguier centenaire préservé en déviant le tracé. Ce ne sont pas de faux arguments.

Mais le dossier date d’avant les nouvelles règles et la connaissance du +2 degrés en 2050

Le problème, c’est le calendrier. Ce projet a été conçu avant mars 2025, date à laquelle la France a adopté un nouveau plan climat (le PNACC3). Ce plan actant la sortie des objectifs de l’Accord de Paris, et bien qu’insuffisant pour les territoires dits d’outre-mer change la donne : il demande désormais de traiter à égalité la sécurité des habitants, la protection de la nature, les solutions “naturelles” (replanter, laisser l’eau s’étaler, restaurer les berges plutôt que bétonner), et la consultation des citoyens.
Un chantier qui démarre en 2026 devrait donc, en théorie, être repassé au crible de cette nouvelle doctrine — même s’il a été validé avant. A-t-on réévalué les choix et des alternatives à la lumière de ces nouvelles règles ? Rien n’indique que oui, faisant courir le risque à la population d’une solution temporaire et mal adaptée sur le long terme.

Un problème plus large que les Trois-Ravines

Ce n’est pas un cas isolé. Dès juin 2025, notre collectif de 30 associations réunionnaises avaient écrit à tous les maires de l’île pour demander deux choses : que les nouvelles données climatiques (TRACC) soient intégrées aux futurs aménagements de La Réunion, et qu’un moratoire soit posé sur les projets menaçant la nature, le temps d’appliquer ces nouvelles règles.
Les Trois-Ravines, c’est exactement ce que nous annoncions : un projet ancien, probablement mal adapté, exécuté malgré une doctrine plus récente sans qu’on sache si elle a été appliquée.

Un vrai point de friction : le refus de dialoguer

Le PNACC3 insiste particulièrement sur un point : la concertation avec les habitants doit avoir lieu, et sincèrement. Or la Mairie de Saint-Louis y oppose une condition inversée : pas de réponse à la demande ouverte de rencontre en juin 2025, et pour les élagueurs pas de discussion tant qu’ils restent dans les arbres. Le rapport de force vient avant le dialogue, alors que la société civile n’en demande pas plus et que la nouvelle doctrine climatique demande l’inverse.
La Mairie répond que des réunions publiques ont déjà eu lieu, sans opposition à l’époque. C’est vrai, mais c’est précisément ce que critiquait déjà notre collectif : les réunions publiques classiques ne suffisent plus, il faudrait des dispositifs plus poussés (revue publique des choix d’aménagement, consultation citoyenne renforcée). Autre indice qu’une autre voie est possible : à Saint-Leu, la municipalité aurait choisi de suspendre les abattages le temps d’en discuter.

Ce qui serait cohérent avec la doctrine actuelle

Personne ne demande d’arrêter le chantier ni de nier l’effort de replantation. La demande citoyenne est plus précise :
• Rendre publique la façon dont et quand les recommandations environnementales (avis de la MRAe et PNACC3) ont été prises en compte ;
• Réévaluer d’autres solutions naturelles à la lumière du PNACC3, et expliquer pourquoi elles ont, ou non, été retenues ;
• Rouvrir le dialogue, sans attendre que l’arbre soit coupé.
L’enjeu n’est donc pas sécurité contre nature, mais bien de faire en sorte qu’un chantier conçu en 2024, lancé en 2026 respecte vraiment tous les besoins urgents d’adaptation fixés en 2025 — à Saint-Louis, comme partout ailleurs dans l’île.

collectif ARTERE

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