Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
16 juin 2009

Depuis si longtemps que les Réunionnais se battent pour une société plus juste, au moins avec les mêmes droits que les Français de métropole, une société plus libre, débarrassée de toute tutelle contraignante, plus digne enfin, avec le respect de leur identité et la reconnaissance pleine et entière de leurs responsabilités afin de pouvoir mieux assurer un développement plus équilibré et plus solidaire de leur pays, ils se heurtent à chaque fois à la résistance du pouvoir central.
Et voilà que soudain, à la suite du vaste mouvement qui a soulevé tout un peuple en Guadeloupe, marqué par l’arrêt généralisé du travail, les longues grèves, les puissantes manifestations…, ils assistent à un revirement total au sommet de l’Etat, revirement dans lequel s’inscrit la visite toute récente du secrétaire chargé de l’Outre-mer, venu leur proposer, rien de moins, que « de changer en profondeur le modèle des Dom pour qu’il réponde mieux au temps qui change et à l’après-crise ». Le tout au nom du président de la République qui « a fait le pari de l’intelligence collective » au lieu d’« imposer » un quelconque modèle qui « ne répond en rien » aux attentes de la population. Ainsi, ce qu’ils avaient demandé, pendant des décennies et des décennies, et qui leur avait été obstinément refusé jusque là, leur serait enfin généreusement accordé par le biais d’un organisme d’un genre nouveau, baptisé "Etats généraux".
Mais, curieusement, ce pari très audacieux qui, en d’autres temps, n’aurait laissé personne indifférent, ne semble pas trouver de large écho dans l’opinion. Et pourtant Yves Jégo n’a pas ménagé sa force de persuasion pour tenter de convaincre ; et ses paroles, prononcées devant les présidents des différents ateliers de cette nouvelle assemblée, sont d’une précision saisissante de la part d’un représentant du gouvernement tant elles tranchent nettement avec celles de tous ses prédécesseurs : « Il y a deux méthodes à appliquer si on veut changer de modèle. La première plus traditionnelle, où le projet est entièrement bâti par l’Etat et le gouvernement. Ce qui ressemble à une forme de diktat. Et la seconde, plus démocratique, avec des propositions venant directement de la population. Le président de la République a fait le pari de l’intelligence collective, en toute liberté, sans aucun tabou ni a priori. Si on veut changer de modèle, c’est toute la société qui doit s’exprimer ».(….) « Notre défi aujourd’hui, c’est de ne pas décevoir. Pour cela, il est nécessaire de mettre tout sur la table afin de dégager le meilleur modèle de développement ».
Notre secrétaire d’Etat va encore plus loin quand il ose aborder de front, la question si controversée du changement de statut qui, il ne faut pas l’oublier, avait fait l’objet à l’époque de poursuites, de procès, de mutations arbitraires de fonctionnaires, toutes mesures de répression contre les partisans déclarés de l’autonomie traités alors sans ménagement de séparatistes. Aujourd’hui, près d’un demi-siècle plus tard, le ministre reconnaît formellement que la question « est dans la Constitution » et que toutes propositions, analyses et suggestions allant dans ce sens seront toutes écoutées. Avec cette affirmation encore plus nette à faire grincer les dents aux départementalistes les plus irréductibles : « Nous n’avons ni limite, ni tabou. C’est la volonté du peuple qui prime ».
Georges Benne
Courrier des lecteurs
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