Un jour, quand je serai petit

20 juillet 2007

Un jour, quand je serai petit,
Bon dernier d’une nombreuse famille,
La vie, cruellement inélégante,
Me tombera lourdement dessus,
Armée de ses crocs acérés,
Maculés des reliefs de la pauvreté.
Je résisterai très tôt,
Gavé de la tendresse des miens.
L’école maternelle, à cinq ans,
Me tendra des bras prometteurs.
Noircité, malbarsité, créolité,
Altérité des mots et des icônes,
Minceur exagérée
Du cerveau et du corps,
Ambition au loin confinée,
Les embûches s’empileront.
Echappatoire aux labeurs écrasants
Des champs de cannes,
L’Ecole de Garçons,
Débordant d’outils du destin,
Lavera les doutes injustes
Sur un avenir radieux et légitime.
L’accès compliqué au collège
Passera par un concours,
Mais débouchera, divine surprise,
Sur l’inutile mais difficile Brevet.
Le petit d’homme du Piton
Deviendra l‘adolescent agissant,
Engagé dans de grandes causes
Enfouies dans les bas-fonds du lycée.
Le premier bac du Portail,
Le seul de la famille,
Apportera à ma fine mère
La fierté qui lui aura manqué.
Mon farouche désir de vêtir,
Un jour, la robe d’avocat,
S’achèvera après un jour de fac,
Pour la dignité matérielle des miens.
Je « ferai donc l’école »,
Ailleurs, ici, à la maison,
Pour tous les miens, retrouvés,
Pour des tas d’autres, rencontrés.
Le métier, dès lors,
S’habillera sublime,
Défrichera drôlement efficace,
Haranguera follement très large,
Produira des millions de miracles.
Je nourrirai l’ambition constante,
D’un camionneur d’idées,
Livrant aux enfants, chaque matin,
Contre vents et marées,
Les outils nécessaires de l’Agir.
Je franchirai des frontières,
Ici, ailleurs, à la maison,
Avec les miens, avec d’autres,
Pour des bonheurs partagés.
Diriger une école des petits,
Deviendra le terme époustouflant,
De mon action professionnelle ;
Car c’est là que tout commence.
Voilà vraiment ce que je ferai
Dans une prochaine vie d’Homme.
Je ne changerai rien. C’est certain.
Je recommencerai.


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Témoignages - 82e année


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