Di sak na pou di

Un OUI enthousiaste à la proposition de « CONFERENCE TERRITORIALE » de Monseigneur Gilbert AUBRY

Frédéric Paulus / 8 mars 2019

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Monseigneur, je suis établi à La Réunion depuis 30 ans et vous avez été la seule personne à avoir répondu, commenté et enrichi ma réflexion suite à une étude que je vous ai soumise. Il s’agissait d’une monographie sur les « crises » considérées comme « de possession », alors que mon approche suggérait d’y percevoir des forces de vie exprimées de manière chaotique chez des personnes élevées avec beaucoup de souffrance et de conflits psychologiques. Mon étude fut publiée par le Professeur d’ethnopsychologie Georges Lapassade (1924-2008), spécialiste des transes et des états modifiés de conscience dans un ouvrage sur « la dissociation adolescente » (2000). Elle me valut aussi une invitation par le Professeur en ethnologie Bernard Champion à l’université de La Réunion pour en présenter une synthèse à ses étudiants. Pour être exhaustif, je devrais mentionner l’invitation par la formatrice à l’IRTS Chantal Jouvenot qui m’aura permis de présenter un livre écrit en 1987, réédité en 2007 sous le titre de ‘’L’éducation fondée sur les sensations’’ dans le cadre des « Jeudis de la petite enfance ». Ainsi, trois événements professionnels positifs en 30 ans.

L’université des sciences humaines de La Réunion aura ignoré notre implication à propos de l’animation et de l’évaluation d’une Maison des Parents et des Praticiens de l’Enfance encouragée par Madame Georgina Dufoix. Cette innovation gérée par les parents préconisait « qu’il valait mieux prévenir que guérir ». A mon Père qui s’inquiétait de me voir si peu argenté, je répondais de façon lapidaire que « la maladie rapporte plus que de faire en sorte que les enfants ne tombent pas malades ». Les dépenses de santé ou plutôt de maladie, ici comme en métropole, présentent une croissance exponentielle chaque année depuis trente ans. Enfin ! L’heure ne devrait pas être aux polémiques. Votre suggestion d’une « conférence territoriale » devrait s’avérer salutaire. Elle pourrait réduire la part influente d’idéologie aux discours qui ne font que trop souvent diviser lorsqu’ils ne sont pas fondés sur des donnés fiables, éprouvées si possible scientifiquement. Et ceux qui semblent ignorer les poches de pauvreté et de frustration à La Réunion, les Gilets jaunes devraient les rendre plus conscients d’une réalité ignorée ou occultée.

Je citerai volontiers du fait de vos propos qui visent à réunir au lieu de diviser l’étude d’un Québécois, Stéphane Dion, à propos de son ouvrage « La politisation des Mairies » (1986) dans lequel il regrettait la culture de l’affrontement idéologique municipal. Avec la révolte des Gilets jaunes, la démocratie élective et partisane est décriée, c’est le moins que l’on puisse dire. Ainsi, avec le cumul des mandats, un Maire aspirant à toujours plus de pouvoir (et de revenus) doit politiser son influence pour être soutenu par un parti. Il perpétue de fait les clivages idéologiques et institutionnels. Notre France est aussi malade de ses institutions de trop politisées. Lors de cette conférence territoriale, nous poserions la question du pourquoi de l’occultation de l’enseignement de la psychologie et de la sociologie, à relier à la biologie dans les collèges et lycées comme sciences interdépendantes. Nous pourrions innover expérimentalement à La Réunion en commençant par les Lycées.

Autre domaine d’innovation, l’accueil des nouveau-nés, en concertation étroite avec les sages-femmes pour poursuivre l’accompagnement au-delà des suites de couche avec l’institutionnalisation de parents relais citoyens en tant qu’accompagnants parentaux séniors et bénévoles. Nous commençons à réaliser que le bébé est prodigieusement sensible, réceptif, imaginatif dès la naissance. Son intelligence naturelle - « un don du ciel » diriez-vous, Monseigneur ? - court le risque de s’étioler et de s’inhiber du fait de cette réceptivité qu’on souhaiterait pour le meilleur mais qui peut être pour le pire et se traduire tôt ou tard en mala dies ou en mal être.

Avec la Révolution de l’épigénétique qui bouscule le fixisme du génome, la médecine (sociale et préventive libérée du payement à l’acte) et la psychologie du développement de l’enfant, en se liguant et en se rapprochant collectivement des citoyens sous la forme de forums, modifieraient qui sait, nous l’espérons en tout cas, de façon salutaire notre rapport à la vie.
Souhaitons que votre appel soit entendu et qu’il se traduise par la mise en place d’ateliers qui décloisonneront les hommes, les idéologies et les croyances pour un renouveau de La Réunion.

Frédéric Paulus