Un peu d’énergie

10 juillet 2007

Le Syndicat intercommunal de l’électricité organise en ce début de semaine un colloque sur la problématique de l’électricité à la Réunion. Pas besoin d’être extralucide pour deviner les propos qu’on y entendra : « Les Réunionnais consomment de plus en plus d’électricité et donc il faut en produire de plus en plus. L’éolien et le photovoltaïque c’est bien gentil, mais ça ne suffit pas, ce qu’il nous faut c’est une bonne grosse centrale au fuel ou au charbon. » Et encore une fois la défense de l’environnement sera immolée sur l’autel du “réalisme”.
Pourtant il y a beaucoup à dire et à faire, d’abord sur cette croissance inéluctable de la consommation d’énergie. L’effort de sensibilisation des consommateurs est-il à la hauteur de l’enjeu ? Si on le compare à celui déployé par les marchands à nous vanter des appareils électriques dont le seul mérite est souvent de nous éviter l’effort et donc de contribuer à notre engraissement, il est minuscule. Il faut réussir à faire passer le message que la cuisson au gaz est préférable à la cuisson électrique, que tous les vêtements n’ont pas besoin d’être repassés, que c’est dommage de ne pas alimenter la machine à laver avec l’eau chaude du chauffe-eau solaire... Il y a mille et un petits messages à passer pour faire produire par chaque citoyenne, citoyen, ces fameux mégawatts, c’est à dire les watts économisés. Mais pour ceux qui n’ont pas la fibre citoyenne très développée, il convient peut-être de toucher une fibre plus sensible, celle du porte-monnaie. Peut-être faut-il envisager des grilles tarifaires décourageant la surconsommation électrique, avec en amont, là aussi, une indispensable démarche de sensibilisation personnalisée. On peut également envisager des taxes régionales à la consommation selon les performances des appareils.
Il est nécessaire de penser aussi à un autre type de consommateurs très gourmands : les collectivités. Le mouvement a été amorcé pour l’équipement en chauffe-eau solaires de l’habitat collectif. Cela doit se généraliser à l’ensemble de l’habitat réunionnais. Il y a également de gros efforts à faire sur l’éclairage, souvent intense, pléthorique, jusqu’à pas d’heure, à se demander si les responsables ne touchent pas de commission pour chaque poteau installé !
Ensuite, il faut vivement s’interroger sur les énergies que nous utilisons : Bon ? Pas bon ? Le charbon ? Le fuel ? L’huile de vidange chargée de métaux lourds ? Le plastique si on construit des incinérateurs ? Si on répond « Pas bon », il faut alors vraiment mettre les moyens sur les énergies propres et ne pas se contenter de réalisations “vitrines”. Moyens financiers, mais aussi multiplication des acteurs : les particuliers, mais aussi les communes, les communautés de commune, le département : récupération du méthane produit par nos déchets fermentescible, par exemple. On a peut-être aussi tiré un peu hâtivement un trait sur la possibilité d’étendre nos capacités en énergie hydraulique, il y a peut-être des micro-réalisations à envisager, et en tout cas davantage de stockage en réservoirs pour une production différée.
Saluons l’initiative de la commune de la Possession, les centrales thermiques hydrauliques sont sûrement une bonne solution pour la Réunion. Cela ne demande pas de matière première spécifique, ni de technologie pointue comme le photovoltaïque. Il paraît que des lycéens du Tampon en auraient fabriqué un prototype il y a quelques années ! En tout cas ce qu’il faut souligner c’est la volonté de cette commune de prendre en charge le problème énergétique. Puisse les autres communes, en cette période pré-électorale, en prendre de la graine.
Voilà ce vers quoi il faut tendre si on veut vraiment résoudre ce problème, moins de cupidité, moins d’hypocrisie, moins de laisser-faire... plus de courage.

Jean-Pierre Espéret


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Témoignages - 82e année


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