Di sak na pou di

Une goutte de tristesse dans un Océan de joie

Courrier des lecteurs de Témoignages / 16 juin 2018

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Le mois béni de Ramadan s’achève à présent. C’est un mois empli de faveurs qui nous quitte à présent. Mais, on ne peut oublier cette ambiance si particulière, si spéciale qui était la nôtre durant les repas du « souhour » (déjeuner avant l’aube) et les communions fraternelles de « l’iftar » (dîner de rupture du jeûne au coucher du soleil).

Ce jour de fête, dite de l’Eid-ul-Fitr, que l’on s’apprête désormais à célébrer est un jour de fête dans nombre de familles réunionnaises et ailleurs dans le monde où l’on communie pour la circonstance avec les ami(e)s et les connaissances, tout à fait au-delà, bien entendu, de celles et ceux avec lesquels nous partageons un lien de parenté et dont les rencontres dans la joie et la bonne humeur sont d’évidence.
En ce jour, nous sommes comblés d’avoir pu vivre un Ramadan de plus dans notre vie, là où d’autres n’ont pu le faire car disparus bien avant (certains ayant eu la chance de quitter ce monde durant ce mois de douceurs), là où d’autres l’ont vécu sur des heures durant presqu’interminables en Métropole et sous d’autres contrées, là où les bombes pleuvaient en ravivant les cris d’enfant arrachés à la vie et terrassant leurs parents dans un bain de larmes ininterrompues, là où la souffrance, l’oppression, l’injustice dominaient aussi. Nous étions ici à La Réunion, bien loin de tout cela, d’où notre goutte de tristesse dans notre Océan de joie.

Mais, nous ne citerons pas ces contrées lointaines, pas plus que les pays concernés, ni leurs dirigeants ou encore les factions rebelles qui se livrent à une lutte sans merci contre la paix et pour les ressources géostratégiques, car tous mènent une politique de terreur et de lâcheté, car nous aurions peur d’en oublier, car le terrorisme n’a pas de religion, car l’aveuglement est pour les pouvoirs, quels qu’ils soient, engagés dans des calculs pitoyables au mépris de l’humain et des civilisations, car nous aurions tort de stigmatiser une quelconque entité, un Etat meurtrier ou une personnalité qui se comporte comme un boucher à l’égard de « sa » population, car tel n’est pas le but de notre propos ici. Le but étant le rappel, le but étant la mémoire, le but étant le réveil de notre dignité d’Homme, le but étant de montrer que nous ne sommes pas dupes et que nos silences coupables nous meurtrissent.
En ce jour de fête, nous sommes juste attristés de voir que l’humanité n’a de cesse de reculer à mesure que le progrès la domine (les drones, la bionique entre autres), nous sommes bien malheureux de nous sentir coupables devant tant de trahisons de beaux discours et de belles promesses dont on s’éloigne un peu plus chaque jour sûrement, tant d’exactions, tant d’entorses à l’humain et en ses qualités, vertus et droits les plus élémentaires.

En ce jour de fête, pendant que nos tables seront bien garnies, que nos invités seront ravis, que nos papilles se régaleront, notre commune lâcheté n’aura point d’égal devant les vidéos virales que nous avons tous et toutes reçues où des soldats s’acharnent sur de pauvres enfants en dehors de tout entendement, où des selfies « grand sourire » étaient prises auprès de cadavres humains massacrés, où l’infâme se dispute au ridicule, et, où le ridicule fait vivre des gens en mal de sensations, habités par la haine de l’Autre, des autres, du genre humain.
Alors, en ce jour de fête, je voudrais dire que nous avons besoin de tous et toutes nous réveiller, nous, êtres de conscience aux cœurs brisés mais aux esprits encore lucides, nous avons besoin, tous ensemble, de célébrer le refus de toutes les guerres, car là où le déni de l’humain existe, c’est la famille humaine qui s’en trouve bel et bien méconnaissable.

Bonne fête aux êtres de paix, aux êtres de lumière, aux Réunionnaises et aux Réunionnais sans exception aucune et gardons, en nous, cet amour que nous avons les uns pour les autres dans un « vivre ensemble » que je n’envisage nullement comme quelque chose de factice et encore moins « de façade » comme certains voudraient nous le faire croire. Mais, oui, certes, je n’ignore pas qu’en toute chose, nous devons nous améliorer, progresser, réussir ensemble à faire rayonner la lumière de la joie.

Youssouf Omarjee