Une nouvelle conscience de classe est possible

29 novembre 2007

Ce mois de novembre sera marqué par de nombreux appels à la grève. Des occasions pour les salariés, les fonctionnaires, les chômeurs, les étudiants, les retraités, tout le prolétariat quoi, exaspéré, qui comprennent qu’une minorité dorée se vautre dans l’opulence patrimoniale d’un capitalisme débridé cependant qu’eux connaissent des fins de mois qui durent quinze jours, des difficultés tous azimuts jusqu’à pour se loger, et qui voient aussi leurs conditions de travail se dégrader et l’avenir de leurs enfants s’assombrir. Le patronat, frondeur ces derniers temps, sait qu’il peut compter sur le nouveau pouvoir politique - comment pourrait-il en être autrement, quand dans les discours, il est exonéré, excusé, câliné. Le citoyen qui ne discernait pas le contrat de la loi, perçoit peut-être mieux que le « travailler plus pour gagner plus », encouragé par ce pouvoir, n’est qu’une inégalité de plus dans le monde du travail. Le Président, enivré par son narcissisme et au prétexte de combativité, nous joue le “coup d’éclat permanent”, pour reprendre l’expression de F. Hollande, tout en pensant avoir trouvé en cette omniprésence le nouvel opium pour le peuple : shows sur la scène internationale, contact direct dans les conflits sociaux, conseil des ministres décentralisé, bons sentiments avec la lettre de Guy Môquet, coupe du monde de rugby, prestidigitation du "grenelle" de l’environnement, etc. Mais, premier signe encourageant, les étudiants commencent enfin à mesurer que la nécessaire réforme de l’université a pris une orientation qui nie le rôle régulateur de l’Etat tout en concédant aux mêmes puissants le futur contrôle, par leur argent, leur pouvoir d’achat, de ces lieux d’éducation et formation. En descendant dans la rue ce mois, nous pouvons leur opposer notre puissance du nombre pour la prolonger dans les urnes en mars 2008 par l’écrasement de leurs relais locaux. Majoritaires dans le pays, nous avons évidemment la possibilité d’imposer à la droite un camouflet aux prochaines échéances municipales. Il nous faut pour cela recouvrer une conscience de classe. Car enfin, il faut savoir qu’en France plus de 160 milliards de la richesse produite est passée, en vingt-cinq ans, du salaire au capital. Le travailleur qui s’en prend à un autre travailleur à un chômeur à un fonctionnaire, pour quelque raison que se soit, se trompe de combat. Son énergie, il doit la mettre en premier lieu au service de la lutte collective dans les mobilisations, en soutenant les syndicats, les partis de gauche et forcer les "néocons" à une redistribution plus juste de la richesse, de leur richesse, mais aussi réclamer comme il se doit, simple question de démocratie, la réappropriation du débat sur la construction européenne. Au niveau politique, car il faut bien un débouché politique à tout ça, les directions des partis de gauche doivent faciliter impérativement les unions et s’interdire de faire aux municipales des futures investitures, synonymes de précieux pourcents quelquefois, une simple formalité administrative. Il n’est pas possible d’accorder l’onction à ceux qui n’ont cessé d’attaquer leurs partenaires et parfois même en complicité avec la droite. Voilà donc le prix à payer pour construire un nouveau rapport de force politique seul à même de stopper le désastre social qui nous guette.

Jean-Hugues Savigny
(La Possession)


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