Valets, valets, prêtez-moi vos fusils

19 septembre 2007

Firmin Viry.
(photo Toniox)

Suite à une intervention, à mon avis erronée, sur une radio locale qui présentait cette œuvre ci-dessous comme originale, il me semble important de rappeler l’origine du texte de la chanson :
Valets, valets, prêtez-moi vos fusils
Voilà l’oiseau prêt à voler
Si vous avez gagné l’oiseau
Suffit d’argent
Pour mon voyage et pour mon arrivée.
Trois plats à table est un pigeon blanc
Suffisamment pour mon dîner
Mais pas si tôt la belle perçoit
Chapeaux en l’air pour la saluer.

« Cette chanson déjà citée par Volcy Focard dans le Bulletin de la Société des sciences et des arts de 1882, l’est également par Baissac dans son Étude sur le patois créole mauricien (1880). Toutefois ces deux auteurs ne citent que le premier couplet, alors que le second est d’usage courant dans la tradition réunionnaise. À signaler que le “pigeon blanc” se retrouve dans des chansons de l’Ouest de la France et en Louisiane.
Ce texte date pour sûr de la Compagnie des Indes. Sa conservation, uniquement par transmission orale et en milieu exclusivement créolophone a entraîné, au fil des années, un certain nombre de déformations de textes originaux. Elles sont, à l’époque désignées par le terme « cabaret ». Elles se ramènent bien en effet par leurs thèmes et leurs formes aux « chansons de cabaret », genre musical et littéraire bien défini et représenté dès le XVIIIe siècle par de nombreux recueils : Chansons pour danser et pour boire de Pierre Balard (1625), Concert des enfants de Bacchus de Huppen (1627), etc. »
*

On est ici fort loin de l’acceptation actuelle du mot « kabaré » qui vient de la tradition malgache (« kabary », le « y », ne se prononce pas).
Bref, pour conclure, ce texte et la musique appartiennent aujourd’hui au patrimoine de France. Il a été adapté et retransmis d’une façon absolument remarquable en maloya et c’est grâce à la tradition afro-malgache et au talent de Firmin Viry, qui a reçu cette musique en héritage par sa grand-mère qui venait du Mozambique, que nous entendons aujourd’hui cette chanson qui n’est plus jouée au niveau national.
C’est de la rencontre (et parfois du métissage) qu’a jailli le génie créole et cela aussi il faudrait l’accepter si nous souhaitons tous ensemble progresser.

* Texte extrait du livre Musiques traditionnelles de La Réunion de Jean-Pierre La Selve.

Christian Vittori


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