Vive la ploutocratie

10 décembre 2007

La ploutocratie (du grec ploutos, richesse et kratos, pouvoir) est un mot très savant pour définir un système de gouvernement où l’argent constitue la principale base du pouvoir. C’est un système politique dans lequel le pouvoir est exercé par les plus riches. Gérard Cornu dans “Son vocabulaire juridique” définit la ploutocratie comme « un gouvernement pour les riches que le pouvoir politique soit directement entre leurs mains ou sous l’influence maîtresse de leur puissance réelle ». Voilà tout est dit. Notre démocratie est-elle devenue une ploutocratie ? Si vous ne le saviez pas, « le gouvernement par le peuple et pour le peuple », a été transformé en « gouvernement pour les riches et par les riches ». Grand bien nous fasse !
Ernest Renan dans son traité “L’avenir de la science, pensées de 1848 à 1890”, avait défini ainsi ce terme : « J’appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l’on ne peut rien faire sans être riche, où l’objet principal de l’ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s’évaluent généralement et avec plus ou moins de justesse par la fortune ».
Mais être riche, ça se mérite. En effet, la ploutocratie rime avec la méritocratie. C’est le principe républicain par excellence d’une société « de vertu et de talent ».

Dans le régime politique qui en découle, le pouvoir est accaparé par une élite méritante qui transmet ses privilèges de génération en génération. Cependant, la méritocratie universelle n’existe pas. Certes, elle flatte notre individualisme et enfle notre ego, mais nous éloigne de l’intérêt général. La méritocratie a pour corollaire l’individualisme. Cette forme d’action appliquée à outrance est destructrice de toute société et immorale : on détruit son voisin, sa famille, ses collègues de travail... pour acquérir des biens et réussir sa vie matérielle. D’après certains auteurs, c’est le système d’économie néo-libérale qui a institué et exacerbé ces formes de gouvernance. Aujourd’hui, la méritocratie institutionnalisée va nous inciter à faire tout et n’importe quoi pour réussir au détriment de notre épanouissement familiale, individuel et sociétal. Voici ce qu’en pense Albert Jacquart dans son livre “Mon utopie”, publié en 2006 : « Réussir est devenu l’obsession générale de notre société, et cette réussite est mesurée par notre capacité à l’emporter dans des compétitions permanentes. Il est pourtant clair que la principale performance de chacun est sa capacité à participer à l’intelligence collective, à mettre en sourdine son je et à s’insérer dans le nous, celui-ci étant plus riche que la somme des je dans laquelle l’aptitude compétitive enferme chacun ». Ainsi, la méritocratie et la ploutocratie vont entraîner une culture de concurrence néfaste à la cohésion sociale car discriminatoire. Certes, il est vrai que si l’on travaille plus on gagne plus d’argent. Pour ceux qui le peuvent, c’est tant mieux pour eux. Il est également légitime de récolter les fruits de son travail. Mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir un emploi qui permette de faire des exploits et des extras. Voici, pour finir, un proverbe provençal à méditer : « Si de beaucoup travailler on devenait riche, les ânes auraient le bât doré ».

Gabrielle Marie


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus