Di sak na pou di

Voracité

Georges Benne / 11 juin 2019

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Dans son homélie de la nuit de Noël, le pape François nous appelle à « ne pas glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme ». « L’homme est devenu avide et vorace », nous dit-il. Nous, qui avons encore la chance de pouvoir nous régaler et même de faire bombance à l’occasion alors que sur les 7 à 8 milliards d’habitants que compte la planète plus d’un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants sont condamnés à mourir de faim. « Avoir, amasser des choses semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité traverse l’histoire humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui ; ainsi quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre. » (…) « Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner. » (…) « Est-ce que j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? » (…) « Demandons-nous : à Noël, est-ce que je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ? » Mais il faut prendre le mot du pape dans son sens le plus large : « partager son pain », c’est lutter pour un autre monde plus juste et plus humain, comme celui justement que réclamait le Christ.

Voracité, c’était le titre de l’éditorial d’Ignacio Ramonet dans le Monde diplomatique de novembre 2007- il y a plus de onze ans - éditorial qui levait le voile sur une espèce nouvelle de la jungle financière qui a largement fait florès depuis : les « fonds vautours », fonds d’investissement « à l’appétit d’ogre disposant de capitaux colossaux (…) qui collectent l’argent des banques, des assurances, des fonds de pension et les avoirs de richissimes particuliers » pour en tirer le maximum de profit. Le détail de l’opération nous est donné par des spécialistes : « Pour acquérir une société qui vaut 100, le fonds met 30 de sa poche (il s’agit d’un pourcentage moyen) et emprunte 70 aux banques, en profitant des taux d’intérêt très faibles du moment. Pendant trois ou quatre ans, il va réorganiser l’entreprise avec le management en place, rationaliser la production, développer des activités et capter tout ou partie des profits pour payer les intérêts de sa propre dette. A la suite de quoi, il revendra la société 200, souvent à un autre fonds qui fera la même chose. Une fois remboursés, les 70 empruntés, il lui restera 130 en poche, pour une mise initiale, soit plus de 300 % de taux de retours sur investissement en quatre ans. Qui dit mieux ? » Marx lui-même n’aurait rien imaginé de tel.
La cause du mal, c’est le système économique et politique qui régit le monde.
Sous couvert de mondialisation qui n’est en fait que la mondialisation financière
et commerciale, il a désormais pour principal objectif de spéculer à outrance.
Sa « voracité » n’a plus de limites et risque de mettre en péril l’humanité tout entière. Plus de deux mille ans après, résonne encore plus fort la phrase pus souvent citée
que comprise : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche de rentrer dans le royaume de Dieu »

Georges Benne