Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

Accueil > Chroniques > Di sak na pou di

William Still, figure de proue abolitionniste et champion des droits civils

samedi 18 décembre 2021, par Reynolds Michel


Leader abolitionniste, champion des droits civiques, écrivain-chroniqueur de la mémoire des esclaves fugitifs et homme d’affaires, William Still (1821-1902) est né libre dans le Comté de Burlington, près de Medford dans le New Jersey, de parents anciennement esclaves. Comme abolitionniste et l’un des principaux agents du Chemin de fer clandestin (Underground Railroad), il a conduit des milliers d’esclaves fugitifs vers la liberté.


Après la guerre de sécession (1861-1865), il s’est engagé dans la lutte pour les droits civiques en menant une campagne contre la ségrégation raciale dans les tramways. Pour lui, la lutte pour les droits civiques et la lutte contre l’esclavage allaient de pair. En tant qu’écrivain, il a voulu raconter avec la plus grande fidélité l’histoire du chemin de fer clandestin du point de vue des esclaves fugitifs : leur résistance à l’esclavage et leur profonde quête de liberté. Il a, comme nous le verrons, lutté toute sa vie pour la promotion et la liberté de ses frères.

Enfance et jeunesse

William Still était le plus jeune d’une fratrie de 18 enfants nés de Levin et Sidney Steel. Ses deux parents, nés en esclavage, sont venus dans le New Jersey depuis la côte est du Maryland. Le père de William, en éclaireur, après le rachat de sa liberté. Son épouse Sidney n’a pu le rejoindre qu’après deux tentatives de fuite. La première fois avec ses quatre aînés, mais elle et ses enfants ont été repris et remis en esclavage. La deuxième tentative est couronnée de succès, mais avec seulement ses deux filles. Les deux fils qu’elle a laissées derrière elle ont été vendus à des planteurs de l’Alabama dans le Mississippi. Une fois la famille installée dans le New Jersey, le père, Levin, change l’orthographe de leur nom de famille en Still, et la mère endosse le nouveau nom de Charity pour échapper à ses poursuivants. Ils se nomment désormais Levin et Charity Still.
William Still, qui a grandi avec des images vivantes de l’esclavage, a reçu, tout au long de son enfance et adolescence, une éducation empreinte de solides valeurs familiales, religieuses et professionnelles. Tout en travaillant avec sa famille sur leur ferme, et de temps à autre comme bûcheron dans les fermes voisines, Willliam apprends à lire et à écrire. Il considérait cet apprentissage comme une résistance à l’esclavage. Sa maîtrise progressive de la lecture et de l’écriture l’aidera plus tard dans son travail de greffier, d’abolitionniste et postérieurement comme chroniqueur de la mémoire en recueillant les témoignages des esclaves fugitifs, ces courageux chercheurs de la liberté.

Agent du Chemin de fer clandestin et militant des droits civiques

En 1844, à l’âge de 23 ans, il s’installe à Philadelphie – un État quaker fondé par William Penn en 1682 – où il est embauché d’abord comme concierge, puis comme commis à la Pennsylvania Society for the Aboltion of Slavery – société fondée par un groupe de Quakers en 1775. Il devient rapidement un membre actif de l’organisation. En 1847, il épouse Letitia George, qui lui donne naissance à leurs quatre enfants. Suite à l’adoption du Fugitive Acte de 1850 – loi faisant obligation aux États du Nord de traquer les esclaves, de les interpeller et de les renvoyer de force dans le Sud – la Société de Pennsylvanie pour l’Abolition de l’Esclavage a dû se réorganiser en vue d’aider encore plus efficacement les fugitifs dans leur quête de liberté, William Still est alors nommé président du comité de vigilance.

À ce poste depuis 1852, William Still avait la mission de superviser le réseau de refuges (hébergements) de la région – sa propre maison servait également de relais – et de collecter des fonds pour financer des actions de sauvetage clés. Au cours des huit années suivantes, on estime que William Still a conduit vers la liberté plus de 900 esclaves fugitifs. Il a coordonné des centaines d’évasions, dont celle de Henry « Box » Brown, un esclave de Virginie qui se fit enfermer dans une boîte puis envoyer par la poste à un abolitionniste de Philadelphie. Et celle de Jane Johnson et ses deux fils (Cf. Explorepahistory.com.). Il a, par ailleurs, contribué au financement de plusieurs voyages de Harriet Tubman (1820-1913) dans le Sud pour libérer les membres de sa famille et aider d’autres esclaves à s’échapper vers le Nord.
William Still ne s’est pas battu seulement pour libérer ses frères de la servitude, il s’est également et pleinement investi dans la lutte pour les droits civiques. En 1859, il envoie une lettre à la presse pour protester contre la discrimination raciale à laquelle les Afro-Américains étaient confrontés dans les tramways de Philadelphie. En 1867, il récapitule dans un livre, Un bref récit…, la lutte des Afro-Américains de Philadelphie pour la non-discrimination dans les transports publiques à Philadelphie. C’est seulement après plusieurs années de lutte que La Pennsylvanie adopte une loi mettant fin à la ségrégation dans les transports publics.

Écrivain, homme d’affaires et défenseur des exclus

Au cours de son mandat à la Philadelphia Anti-Slavery Society, William Still a pu interroger et recueillir les témoignages poignants de plus de 650 fugitifs sur leurs parcours de vie. Il les a ensuite rassemblés en un volume sous le titre The Underground Railroad (1872). Ce livre relatant les expériences des esclaves en fuite, écrit et auto-édité par un Afro-Américain, a connu trois éditions et a été exposé en 1876 à l’occasion du centenaire de Philadelphie. Selon une certaine source, c’est lors d’un de ces entretiens avec les fugitifs que Still s’est rendu compte qu’il était en train d’interroger son frère aîné Peter, vendu suite à la seconde évasion de sa mère (voir ci-dessus). Quelles retrouvailles avec ce frère qu’il recherchait depuis quarante ans.
Grâce à son courage et ses compétences de chef d’entreprise et homme d’affaires – il a ouvert très tôt un magasin vendant des poêles neufs et usagés, acheté des biens immobiliers, dirigé une entreprise de charbon, approvisionné l’armée de l’Union au Camp William Penn – il a pu acquérir une certaine richesse. De ce fait, il a pu engager des agents (un véritable réseau) pour vendre et faire la promotion de son livre, The Underground RailRoad, et lancer plusieurs structures d’aide en direction de la jeunesse noire de Philadelphie. Il a mis sur les rails l’un des premiers YMCA (Young Men’s Christian Association) pour les jeunes noirs, organisé une école de Sabbat pour l’Eglise presbytérienne, apporté une aide à la gestion de foyers pour les enfants noirs les démunis ainsi qu’un asile pour accueillir les orphelins des soldats et marins noirs.
William Still est un homme qui a travaillé toute sa vie pour le bien et la promotion des Afro-Américains de Philadelphie. Et ce, jusqu’à sa mort en 1902. Il est nationalement connu comme un agent célèbre du Chemin de fer clandestin des États-Unis et un illustre combattant de la liberté. Avec The Underground Railroad, livre publié en 1972, William Still nous lègue une œuvre de réparation capitale : un héritage de refus de l’oppression pour ses frères et une ressource précieuse pour les historiens.

Reynolds Michel



Un message, un commentaire ?

signaler contenu

Plan


Facebook Twitter Linkedin Google plus