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Virgile Rustan, secrétaire de la section du Port du Parti communiste réunionnais et adjoint au maire du Port
8 novembre 2008, par

Militant très actif, Virgile Rustan voit dans la grève des transporteurs une dimension politique. Il constate que bizarrement, les autorités n’ont rien fait pour lever les barrages. Pour Virgile Rustan, il est essentiel d’appréhender les problèmes dans leur globalité, et de s’unir ensemble pour remporter des victoires au profit de tous.
Quel sens donnez-vous au mouvement des transporteurs ?
- Cette grève des transporteurs me rappelle 1973 au Chili. Les transporteurs ont commencé à bloquer les routes pour renverser le président Salvador Allende. Cela a fini par le putsch du général Pinochet.
Car cette grève des transporteurs a une coloration politique. Il suffit de regarder qui est à la tête du mouvement : un ancien candidat sur une liste d’opposition au maire du Port en 2001, un ancien membre de la majorité municipale de Saint-Louis et un battu des municipales de Saint-Denis.
C’est la Région qui est visée, avec en ligne de mire les prochaines élections.
Car ces gens-là sont dans une situation que peuvent envier de nombreux Réunionnais. Les gros bonnets essaient d’induire en erreur les petits transporteurs qui n’ont rien à gagner à les suivre.
Car l’objectif des dirigeants de ce mouvement, c’est la Région. Ils se trompent de cible. En effet, qui fixe les prix des carburants ? C’est le préfet. La Région pour sa part vote une taxe qui finance le FIRT. Le niveau de cette taxe est inférieur à celui de la Métropole.
Les recettes de cette taxe permettent d’améliorer le réseau routier. En clair, tout le monde en bénéficie, y compris les transporteurs. Ce qui souligne que leur mouvement est un combat d’arrière politique.
Quel commentaire vous inspire la gestion de ce conflit ?
- Lorsqu’on déclenchait une grève sur les quais, alors que le mouvement n’était pas commencé, tout le monde montait au créneau pour dénoncer la grève des dockers : les planteurs, les coopératives, les syndicats patronaux... On n’avait pas commencé que tout le monde montait au créneau. Là, on n’entend rien.
Je constate également deux poids deux mesures.
Il nous est arrivé de barrer la route dans nos luttes pour l’emploi. Mais aussitôt, nous étions dégagés manu militari moins d’une demi-heure plus tard.
Je me souviens qu’en 2003, en pleine bataille pour la sauvegarde des “emplois jeunes”, nous avions manifesté devant le pont de la rivière des Galets. Nous avons été chargés par les CRS, avec des gaz lacrymogènes.
Face au blocage des routes par les transporteurs, on ne constate aucune réaction des autorités. On laisse chacun juger de cette situation.
Quelle alternative de lutte proposez-vous à un mouvement tel que celui des transporteurs ?
- Je me verrai bien dans un combat avec l’ensemble des acteurs économiques, sociaux, pour faire baisser pour tout le monde le prix des carburants.
Regardons la revendication des transporteurs, ils demandent une ristourne de 20 centimes. Quelle serait la répercussion de cette ristourne sur la situation sociale et économique de La Réunion ? Il faut également interroger les travailleurs de ces transporteurs. Comment sont-ils traités par leur patron, cette ristourne serait-elle répercutée sur leurs salaires ?
Si on ne prend pas le chemin de la diversion, La Réunion aura tout à gagner demain si on unit nos forces, les défis sont multiples : pouvoir d’achat, logement, emplois... Si nous arrivons à relever ces grands défis, tout le monde sera gagnant, y compris les transporteurs.
Je pense que c’est une mauvaise chose pour ce mouvement de voir les choses uniquement du côté transporteur. Les dirigeants de ce mouvement défendent des privilèges. Ils veulent juste augmenter leur patrimoine afin d’être plus puissant pour ensuite se vendre au plus offrant. Car il est déjà arrivé que des entreprises devenues dominantes sur un secteur soient ensuite rachetées par des capitaux extérieurs et deviennent des filiales de groupes multinationaux.
Et comme je le dis souvent, tôt ou tard, le masque finit par tomber.
Propos recueillis par M.M.
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