L’invité(e)

Faire la transparence sur les prix des services bancaires

Dominique Mardaye, Collectif départemental des consommateurs contre les abus bancaires

Manuel Marchal / 13 mars 2009

Hier matin, le COSPAR a mené une opération de communication en allant à la rencontre des dirigeants de la fédération des banques de La Réunion. Les Réunionnais doivent payer des frais bancaires excessifs, estime Dominique Mardaye du Collectif départemental des consommateurs contre les abus bancaires.

Dominique Mardaye, quels sont les problèmes de surcoût auxquels sont confrontés les usagers des banques ?

- Nous constatons que sur plusieurs services bancaires, les prix sont supérieurs de plus de 200% par rapport à la métropole, or, les banques locales sont des filiales de banques implantées en France.
Sur des relevés apparaissent des frais de commission, des frais de gestion de compte et des frais de tenue de compte où toute la transparence doit être faite. Comment en effet expliquer que l’on doive payer des frais de gestion et des frais de tenue de compte, quelle est la différence entre ces services ?
Par ailleurs, nous avons vérifié d’importantes différences tarifaires entre la France et La Réunion dans les mêmes enseignes.
Par exemple, en France, la BNP et la Caisse d’Épargne ne font pas payer de frais de tenue de compte, à La Réunion, leurs filiales BNP-OI et BR facture ce service respectivement 14,30 euros et 15,75 euros par trimestre.
Il y a quelques années, les frais payés par les clients des banques étaient aux alentours de 150 à 200 euros. Mais aujourd’hui, nous avons de plus en plus d’appels de personnes qui paient beaucoup plus. Nous connaissons des érémistes qui paient 1.600 euros par an ! La moyenne doit aujourd’hui se situer aux alentours de 400 euros par an.
Nous ne sommes pas contre le fait que les banques gagnent de l’argent, mais elles doivent expliquer pourquoi nous subissons une telle différence de tarif. Nous demandons la transparence.

Quelles sont vos revendications immédiates ?

- Lors de la signature de l’accord en Guadeloupe, Yves Jégo, secrétaire d’État à l’Outre-mer, a dit que son contenu allait être étendu à tout l’Outre-mer. Dans ce document figure une baisse de 5% des frais bancaires, c’est pour nous un préalable à toute négociation.
Le pouvoir d’achat ne se situe pas seulement au niveau alimentaire. Ce sont aussi les frais financiers trop élevés qui grèvent le budget et le diminuent.
Nous avons adressé un panel de 17 propositions aux banques. Hier, on nous a donné rendez-vous ce soir pour commencer les discussions.
Nous attendons notamment la création de l’Observatoire des services bancaires annoncée par la ministre de l’Économie. Nous espérons qu’il ne se contentera pas d’observer, mais pourra faire des propositions.

Quel est d’après vous le rôle que les banques pourraient jouer dans cette crise ?

- Les différents plans de relance font état de 55 milliards d’euros pour les banques d’Outre-mer. Nous voulons d’abord savoir comment sera ventilé cet argent, à quoi servira-t-il ?
Il faut que les banques prennent en compte les spécificités réunionnaises. Qu’au lieu de nous ponctionner, elles investissent dans le développement de La Réunion, améliorent l’accès au crédit qui est aujourd’hui très difficile.
Que le gouvernement prenne ses responsabilités, et le pouvoir financier aussi. Car si nous sommes dans cette crise, n’oublions pas que son origine vient des banques. Il est donc indispensable qu’il y ait beaucoup plus de transparence dans la formation des prix des services bancaires.
Nous nous félicitons de la prise de conscience de la population sur cette question. Aujourd’hui, les Réunionnais sont bien plus attentifs aux frais affichés sur leurs relevés de compte, et ils n’hésitent pas à réclamer des comptes à leur banquier.

Propos recueillis par Manuel Marchal