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Antoine Karam, président de la Région Guyane
8 décembre 2008

Le président de la Région Guyane tire les premiers enseignements du mouvement qui a permis aux Guyanais d’arracher une baisse de 50 centimes du prix des carburants. Une victoire obtenue grâce à « une forme de lutte qui a reçu le soutien de toutes les composantes du peuple guyanais et de l’ensemble des partis politiques et des socioprofessionnels ».
La grève est terminée, quelle est la victoire obtenue ?
- Une double satisfaction. D’abord, celle du militant au regard de la démonstration et de la capacité du peuple guyanais à se mobiliser et à résister contre les effets préjudiciables d’une politique de la droite sur le pouvoir d’achat et le développement économique.
Ensuite, politique. La revendication sociale et populaire exprimée à travers ce mouvement exceptionnel de protestation, - et non d’une grève - maîtrisé, car il n’y a pas eu, durant les 10 jours de conflit, de débordements, qui a donné lieu à la paralysie du pays, a été satisfaite.
Nous avons atteint nos objectifs dans le protocole signé le 4 décembre 2008 : ne pas toucher à la TSC (1), obtenir du Gouvernement une baisse de 50 centimes du prix des carburants à la pompe, une clarification sur le système de la formation des prix et une remise à plat de la problématique du financement des collectivités sur laquelle nous allons avoir des discussions avec le Gouvernement durant les 6 mois qui viennent.
Cette victoire aurait-elle été possible sans l’union de tous ?
- C’est surtout la victoire d’une solidarité exemplaire, sur une forme de lutte qui a reçu le soutien de toutes les composantes du peuple guyanais et de l’ensemble des partis politiques et des socioprofessionnels.
À cette occasion, un débat, dans l’action, en responsabilité et sans complaisance, s’est ouvert au sein de la population sur la situation précaire de la Guyane, avec tous ces effets sur la conscientisation des masses.
Plus rien ne sera comme avant, car le peuple guyanais sait désormais comment se faire entendre. Nous allons bien sûr tirer les leçons de ce mouvement de protestation pour les combats que nous avons à mener sur le pouvoir d’achat, de l’éducation et de la formation notamment.
Au-delà du problème conjoncturel du prix des carburants, pensez-vous que Paris a pris conscience de l’ampleur de la gravité de la situation générale en Guyane ?
- Au regard du traitement de l’information au plan national, nous savons qu’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire comprendre à l’État l’ampleur de la gravité de la situation d’une région qui vit deux contraintes majeures et explosives : une explosion démographique de 3,9% par an et une offre d’équipements et de services publics largement insuffisante au regard des besoins d’un pays grand comme le Portugal.
Nous ne devons pas relâcher notre vigilance, et poursuivre sous d’autres formes notre mobilisation sur une autre façon d’aborder la politique pour les outre-mers, avec l’appui de l’Europe, celle d’une approche différenciée de chaque Région d’Outre-mer basée sur le principe de réalité et de nos intérêts propres.
Dans cette affaire, la Région a été la cible du Gouvernement ?
- Il est clair que le Gouvernement, dans le traitement de ce mouvement, poursuit des objectifs politiques.
Il a ainsi sonné la charge de ses relais locaux, normalisé leur vecteur de communication et asséné des contre-vérités pour rendre responsable et coupable la Région. J’ai été personnellement jeté en pâture.
Mais Alain Tien Liong, président du Conseil général, et moi, étions, dans cette affaire, comme les deux doigts d’une seule main. Nous avons tenu bon et la population nous a réitéré sa confiance et son soutien en manifestant contre la posture du Gouvernement.
(1) NDLR : Taxe spéciale sur les carburants perçue par la Région Guyane pour financer des investissements du pays.
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