L’invité(e)

Une condamnation sévère du capitalisme financier

Élie Hoarau, l’invité de la semaine dans "l’Humanité"

Témoignages.re / 22 juillet 2009

Le 9 juillet dernier, dans les colonnes de notre confrère "l’Humanité", le Député réunionnais au Parlement européen revient sur une encyclique du Pape. Benoît XVI appelle à une nouvelle gouvernance mondiale, et une économie fondée sur l’éthique, précise le secrétaire général du Parti communiste réunionnais.

C’est de Rome, et non pas de L’Aquila en Italie, que surgit la condamnation la plus sévère du capitalisme financier.
La dernière encyclique du Pape Benoît XVI, "Caritas in veritate" appelle à une « nouvelle synthèse humaniste » dans une dénonciation lucide du marché : « Abandonné au seul principe de l’équivalence de valeur des biens échangés, le marché n’arrive pas à produire, dit-il, la cohésion sociale » car « l’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande ».
Pour le Pape, « le grand défi qui se présente à nous, c’est de montrer que dans les relations marchandes, les principes de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale ». Comment ne pas partager cet appel à donner à une économie mondialisée « destructrice » un visage humain, où « les droits fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont violés » par la seule « recherche du profit ».
Pour Benoît XVI, la crise actuelle, qui se caractérise par les « effets délétères sur l’économie financière réelle d’une activité financière mal utilisée », doit être « une occasion de discernement », et doit mettre les « hommes en capacité d’élaborer de nouveaux projets ».
Dans cette perspective, il ouvre quelques champs d’action qui pourraient inspirer les dirigeants de la planète. Il préconise une économie fondée sur l’éthique, une meilleure gouvernance mondiale où « le développement des peuples dépend de la reconnaissance où nous formons une seule famille ». Cela signifie un accroissement de l’aide au développement, une gestion humaine des flux migratoires ainsi que la recherche des voies institutionnelles pour réglementer l’exploitation des ressources non renouvelables.
À ceux qui s’en étonneraient, la prise de position du Pape, que nul ne pourrait taxer de révolutionnaire, s’explique aussi du fait que l’ordre dominant actuel qui sacralise le marché est l’expression d’une crise profonde des valeurs. Lorsque le matérialisme avance avec l’ultra-individualisme, c’est l’immatériel et la solidarité qui reculent. Lorsque le marché et les supermarchés sont consacrés comme de nouveaux temples, ce sont les Églises qui se vident et le monde des idées et de l’engagement qui se tarissent.
La volonté d’ouvrir les magasins le dimanche sont de ces atteintes qui, agrégées les unes aux autres, concourent à cette désaffection.
Mais pour être crédible et entendue dans sa dénonciation des intégristes du marché, encore faut-il que l’Église s’applique à elle-même ce nouvel humanisme en renonçant à ses propres intégrismes sur les questions de l’égalité de la femme, du droit à l’avortement, du préservatif et de l’homosexualité.