Bon, maintenant, il faut s’attendre au pire...

21 juin 2006

Après deux des trois matches qui avaient donné le sentiment général que, pour la phase d’entrée dans le Mondial 2006, elle avait été choyée par le tirage au sort, la France est en train de nous convaincre de deux ou trois choses.
Tout d’abord, 1998 et le titre largement mérité de Champion du Monde sont bien loin derrière nous. Certes, si après-demain vendredi "nous" gagnons contre le Togo et que dans le même temps pour Suisse-Corée il y a un vainqueur, ou bien encore si "nous" battons les Togolais par au moins deux buts d’écart, alors, dans les deux hypothèses, la France est qualifiée. Cela est possible, voire même très probable. L’on peut s’y attendre. Bon, maintenant, "le pire" (un match des Bleus encore nul) peut toujours arriver. N’en écartons pas le risque. Attendons nous alors à de lamentables commentaires de la part de ceux pour qui le chauvinisme est la raison d’être, que leur passion aveugle et qui ne pourront pas se transformer en de laudateurs connaisseurs !
Ensuite - seconde évidence - l’universalisme du foot ainsi que la mondialisation qui l’a saisi et vulgarisé jusque dans les centres de formation qui sont allés s’ouvrir à proximité immédiate des terrains vagues où nos gamins du “tiers monde” se font plaisir naturellement, ont manifestement permis à ces derniers de voyager dans les grands et riches clubs européens. De sorte que des "petits pays" (entendez, des pays en voie de développement) peuvent aujourd’hui monter des sélections nationales qui ont fière allure. Aveuglés - à défaut d’avoir été éblouis - par la performance des Bleus, nous n’avons pas tous, par exemple, relevé la qualité du jeu de l’équipe du Ghana qui, samedi dernier, a disposé avec éclat d’une pourtant belle équipe tchèque ! Et la Corée ? Elle non plus ne manque pas de séduction, même si, contre la France, il lui a fallu une mi-temps pour s’échauffer. Ses quarante-cinq dernières minutes furent pour elle l’occasion de montrer qu’elle sait se battre et faire sortir Zidane de ses gonds ! C’est sur cette base qu’il ne faut pas vendre la peau du Togo...
Troisièmement et enfin, comme équipes qui jouent au yo-yo, il n’y a pas que la France. Le Brésil n’a pas encore convaincu, les Pays-Bas non plus.
La Pologne a disparu laissant, dans le groupe A, le soin à l’Équateur de se qualifier. Qu’est-ce à dire ? Un commentateur avisé n’hésitait pas à affirmer que les clubs, en tant que “propriétaires” des joueurs, utilisent ces derniers pour les besoins des compétitions qui leur sont propres. "Ils payent, donc ils en usent", lâche-t-on comme explication devant le manque évident de fraîcheur constaté ici ou là.
Il n’empêche : toujours pleins à craquer, vibrant au rythme de dizaines de milliers de spectateurs qui s’habillent et se colorient avec l’intention de conjurer le mauvais sort et d’inviter la chance à la table de leurs agapes, les stades du Mondial sont des théâtres à nuls autres pareils, par l’inconnue qui en sort, par les émotions qu’ils entretiennent et par les enjeux qu’ils entraînent, loin de toute raison et dans une toujours égale démesure.

Raymond Lauret


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