Crise de l’eau à La Réunion : remettre à plat un système qui favorise le gaspillage
25 août, parMettre fin aux privilèges de classe
26 août 2005

Je me trouvais hier avec quelques responsables de notre économie. Il était question de la pêche, de ses problèmes, de tout ce qu’elle peut représenter pour notre île en matière d’emplois à consolider et à créer, de valeurs ajoutées. On en causait. On aurait pu en causer... Il y a tellement de points qui sont ici posés, d’enjeux derrière chaque décision à prendre ou déjà prise, de drames à éviter, de poissons qui se promènent par bancs entiers passant sans s’en rendre compte des eaux territoriales d’un pays à celles d’un autre et créant ainsi des occasions de conflits entre les garde-côtes qui pourchassent les prises illégales ! Bref, on causait des difficultés de la pêche réunionnaise. Pas de celle qui se passe à Crozet ou à Kerguelen, là-bas où on taquine la légine sur la base de quotas savamment attribués. Non, pas celle-là.
La pêche dont on parlait, c’était celle des thonidés que l’on capture à coups de sennes tournantes sur de grands bateaux que surveillent des balises satellites et sur lesquels un observateur assermenté prend place pour attester que les recommandations imposées seront respectées.
Dans la salle où nos causions, il y a une carte de cette partie du monde où se situe notre île. L’Europe et l’Amérique n’y apparaissent pas. Cela va de l’Afrique à l’Australie et ignore l’hémisphère Nord dans sa quasi-totalité. Nous avons là, sous nos yeux, le territoire maritime où nous donnons des droits de pêche et où d’autres États de la zone en donnent eux aussi.
La France a le souci de la préservation de la ressource. C’est tout à son honneur.
Ce n’est pas forcément le souci d’autres pays, avec tous les soucis d’aujourd’hui qui sont le lot de leur quotidien.
Nous l’avons dit ici même : plus de 95% des quantités de poissons pêchés dans notre zone le sont par des flottilles des pays du Sud-Est asiatique. C’est regrettable, mais c’est ainsi !
Et pour bien montrer que le Sud-Est asiatique, c’est tout de même bien loin de là où nous sommes, un des participants à notre rencontre, pointant du doigt le bout de planisphère qui est sous nos yeux, lança malicieusement : "C’est où ça Taiwan ? C’est où ça ?"
Tous, nous pûmes alors faire le froid et amer constat : Taiwan, autrement dit Formose, lorsqu’il s’agit de pêche, n’est plus seulement à quelques dizaines de kilomètres au large de la Chine. Elle est ici, quelque part entre les Chagos et les Seychelles, l’île Maurice et Madagascar, avec une flotte que l’on évalue entre 3.000 et 6.000 bateaux. Elle y pêche des millions de tonnes de poissons, sous nos nez et sous nos barbes de citoyens de pays pauvres de l’océan Indien, des millions de tonnes de poissons dont nous ignorons ce qu’en feront les heureux propriétaires.
Nous ignorons ce qu’ils font de ce poisson. Par contre, nous savons qu’ils pillent dangereusement les richesses encore disponibles de notre océan Indien. Et cela, sous notre nez et sous notre barbe.
R. Lauret
Mettre fin aux privilèges de classe
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