Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
25 mars 2006

Nous sommes des centaines à prendre tous les jours la route du Littoral au petit matin pour nous rendre à Saint-Denis. Pour ma part, je m’y risque plusieurs fois par semaine, histoire d’éviter les grosses circulations une fois arrivé dans la capitale. Être à son bureau dès 6 heures du matin, c’est l’assurance de disposer de plus de deux bonnes heures de travail sans “le dérangement” du téléphone ou la “bousculade” des collègues, les rendez-vous et les séances de commission.
Et comme des centaines d’entre vous, j’aurais pu me retrouver moi aussi sous les milliers de mètres cubes de rochers qui, hier vendredi, se sont décrochés de la falaise pour endeuiller des familles et nous rappeler la réalité de cette route.
Cette route, il ne fallait pas la faire au pied d’une montagne qui est loin d’avoir atteint son ère de stabilité. La montagne est friable. Elle obéit aux lois de la géologie. Elle ne peut que tomber sous les effets conjugués des pluies qui l’engorgent, de la chaleur qui la dilate et de la logique qui s’en suit.
Cette route, il ne fallait pas la faire au pied d’une falaise qui a vocation à lui tomber dessus, là où la houle sape, sans relâche et à coups répétés, le socle sur lequel elle repose.
Cette route, on a décidé un jour de la faire, malgré cette double évidence. On sait qu’au moins deux personnes - deux leaders, je veux dire - avaient, mais en vain, attiré l’attention des techniciens et des élus de l’époque sur l’erreur fondamentale qu’ils allaient commettre. Parions qu’Emile Hugo et Raymond Vergès, chacun dans l’assemblée où il s’exprimait et où on ne les a pas entendus ni même écoutés, avaient prévenu que ce sont les générations futures qui paieront au prix fort l’imprévoyance qui triomphait alors.
Je n’aurai pas la cruauté de rappeler à certains que, si du docteur Vergès “ils” pouvaient toujours dire que c’était un “opposant", d’Émile Hugo “ils” auraient pu se dire que cet homme de bon sens était de leur famille !
Aujourd’hui, les générations payent. Cela se paye par des vies arrachées ou brisées ; cela se paye par l’absence d’alternative pour un tissu économique dont on a fait le pari qu’il réussirait d’autant mieux que “cette route” serait améliorée et poussée vers un haut niveau de performance.
Même améliorée et même poussée vers les plus hauts niveaux de performance, cette route est au pied de la falaise et au bord de l’océan. D’une falaise qui n’a pas fini de glisser et d’un océan qui sait devenir houle. L’une dégringole, l’autre sape. L’une et l’autre détruisent, car telle est leur vocation...
R. Lauret
Le monde a changé
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