Comment ne pas oser le parallèle...

7 octobre 2006

Depuis la "ruelle des petits quatre-sous" dont l’escalier abrupt est encore emprunté par ceux qui habitent "dans le fond de la rivière" et qui choisissent de venir en ville se promener à pied, nous avons vue sur le pont qui nous rappelle que celui qui fut le Prince-Empereur d’Annam et que la puissance colonisatrice exila dans notre île sut se révéler d’une grande noblesse d’âme au point de retenir l’attention du Général de Gaulle, chef de la Résistance française et nous montrer, pour paraphraser le journaliste Alain Junot, "qu’il n’est pas de ces hommes sans influence et sans relation, obligés de rester sur leur faim au spectacle des agapes".

J’ai fortement envie de penser que le jeune prince déchu et brutalement confronté à l’exil a su se fondre avec une admirable intelligence dans notre île qui lui fut imposée.

Depuis cette île, il a su patiemment écouter le cœur du monde entier battre au rythme de la vie, au rythme des conflits et des guerres qui embrasaient la terre.

Ici, il n’était plus Prince. Mais qu’importe puisqu’il put devenir Homme et, là où il s’est trouvé, attendre le moment où sonnerait l’heure des justes.

Comment ne pas oser le parallèle avec Laurent, jeune député trop tôt disparu et dont l’avocat Georges Pinet a dit qu’il "avait le regard et le sourire clairs de ces hommes, enfants de l’espérance et de ses combats, la fermeté des tenants de la liberté, l’amitié et le savoir tranquilles qu’enseignent la fraternité, l’ardeur, opiniâtre et quotidienne, de sa soif d’égalité sociale".

J’ai fortement envie de penser que le Prince Vinh San avait, comme le soulignait le docteur Vergès, la stature de ceux dont "le roc du patrimoine est taillé dans cette multitude de vertus obscures qui n’ont pas besoin pour s’épanouir de l’appât de récompenses et constituent le plus solide garant de leur redressement".

Sinon, pourquoi aurait-il connu, avec d’autres, les méprisables sanctions de la loi du 10 Septembre 1940 spécialement votée par le Gouvernement de Vichy pour que le gouverneur puisse punir d’internement ou de prison toute personne réputée dangereuse pour la sécurité publique ?

Sinon, pourquoi nous aurait-il laissé en guise d’épitaphe ces mots qui nous interpellent : "J’ai conscience d’avoir servi la France autant que mon pays".

Sinon, oui, sinon pourquoi serions-nous à méditer sa vie, plus d’un demi-siècle après sa mort, accidentelle comme par hasard ?

Raymond Lauret


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Témoignages - 82e année


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