Contre mauvaise fortune, on fait le bon cœur...

30 juillet 2005

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À force de lancer en l’air et sans retenue tout ce qui lui passe sous la main, il arrivera bien un jour où notre sémillant ministre d’État ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, tombera sur un boomerang qui, comme c’est alors la règle, lui reviendra dans la figure.
Ça a d’ailleurs commencé.
C’était mercredi dernier, à La Courneuve, en région parisienne. Devant un parterre de responsables politiques, administratifs et associatifs, il s’est engagé dans une série de créations d’emplois pour les jeunes de la Commune, dans le secteur éducatif principalement.
Cela ne le gêne-t-il pas, de donner l’impression qu’il vient à la pêche aux voix, à quelques encablures de la Présidentielle de mai 2007, dans un peu plus de 20 mois maintenant ? "C’est sûr, répond-il, que je ne viens pas (dans ces quartiers à problèmes) pour les perdre (les élections)..."
Il est clair que M. Sarkozy a compris que, à clamer son intention "de nettoyer au Kärcher" les quartiers à problème, il pouvait se donner une image qui prête à sourire. Superman et Spiderman, ça amuse certes, mais ça a des limites question crédibilité.
C’est pour renverser la tendance qu’il a donc organisé la dernière rencontre de La Courneuve, avec tout le théâtral que les Guignols de l’Info traduisent parfaitement : 257, c’est le nombre d’emplois qu’il a trouvés pour les jeunes de La Courneuve. Et, généreux mais imprudent comme le sont tous les Pères Noël de la Terre, il a tenu à préciser : "Les jeunes qui veulent travailler : nous avons du travail."
Malicieux, le maire de La Courneuve s’est aussitôt félicité, nous apprend l’A.F.P., de ce "coup d’accélérateur" qui "s’appuie sur une dynamique associative locale" et a rajouté, dans la foulée, que "lorsqu’on dispose de plus de moyens et de finances, les choses évoluent." Traduction : t’as enfin bougé, Sarko !
Du coup, trois réactions ont été enregistrées : tout d’abord, celle d’autres maires de communes à problèmes (et Dieu sait qu’elles sont nombreuses en France et outre-mer !) qui ne comprendraient pas que “leurs jeunes qui veulent travailler” soient oubliés ; ensuite, celle des associations “Agir Contre le Chômage” (A.C.) qui invitent d’ores et déjà "tous les demandeurs d’emplois à envoyer leurs CV et lettres de motivation à... ce nouveau directeur national de l’emploi", qu’est Nicolas Sarkozy. Traduction : à malin, malin et demi, Monsieur le ministre !
Un qui doit pester contre cet inattendu concurrent, c’est bien Jean-Louis Borloo qui se croyait en charge de l’emploi et de la cohésion sociale.
Les deux plus hauts personnages de l’État, MM. Chirac et de Villepin, ont parfaitement compris qu’il leur faut à tout prix éviter de succomber à l’incident gouvernemental auquel aspire clairement le toujours président de l’UMP et plus que jamais candidat à la Présidentielle.
Virer Nicolas Sarkozy du Gouvernement avec pertes et fracas s’imposerait en d’autres temps. Oui, mais voilà, l’autre joue sur l’insolence dont disposent ceux qui mesurent que leurs amis sont dans la gadoue et leurs ennemis dans la mouise.
Alors, contre mauvaise fortune, on fait le bon cœur. Et on attend...

R. Lauret


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