De Jean Legros à Lucet Langenier qui m’avait dit un jour...

11 septembre 2007

Si vous appartenez à la catégorie de ceux ou celles qui considèrent que l’émotion est le lot de ces imbéciles que la modernité ignore, arrêtez ici la lecture de ce « libres propos  » et surtout n’allez pas en librairie acheter “Au cœur de La Réunion”, le livre que Patrick Legros et son association consacrent aux «  photographies de 1940 à 1970 de Jean Legros  ».
L’ouvrage, sorti il y a quelques jours à peine, est « la promesse tenue  » d’un neveu qui, il y a peu, en héritant à sa mort du fonds photographique de Jean Legros, s’était engagé à offrir à notre île ce que son oncle avait amassé en y promenant trente années durant son vieil appareil chargé de pellicules noir et blanc.
Cet ouvrage, c’est 208 pages et un CD, pour vous projeter dans mille souvenirs qui, pour les gens de mon âge, ne datent pas que de notre enfance. Certes, ils nous sont familiers, parce que « la maison détruite après le passage du cyclone », parce que aussi « l’éboulis du Mahavel » en 1965 et le « barrage naturel qui donne naissance à un lac impressionnant qui menace Saint-Joseph », parce que encore la citerne devant laquelle s’alignent pour attendre leur tour « ferblancs » et arrosoirs, et encore parce que « la Cabane Bambous à Saint-Gilles les Bains » et ses jolies clientes (à moins que ce ne soient les serveuses !) ou aussi la statue solitaire de Roland Garros au beau milieu d’un Barachois encore vaste et désert, tout cela nous est familier surtout en “noir et blanc”, “ce noir et blanc” dont Lucet Langenier m’avait dit un jour qu’ils ne sont pas des couleurs, mais des valeurs qui savent nous dire la véritable beauté des choses.
Cet ouvrage, je vous le dis, vaut le coup d’être entre vos mains, ou mieux encore, à portée de vos yeux, pour être feuilleté quand vous éprouverez le besoin de ressentir que vous n’êtes pas le nombril du monde et qu’en tout cas, avant vous et avant que la modernité tourbillonnante nous abreuve des instantanés de partout, il fut des hommes qui ont pris le temps de contempler un rayon de soleil ou une scène où, par exemple, s’activaient nos plus beaux coupeurs de cannes.

Vous verrez et découvrirez encore que notre île a une âme qui a donné à sa courte Histoire la dimension de ce qui compte le mieux pour chacun d’entre nous.
Ne laissons pas seul Gilbert Aubry nous dire que « ce livre d’Art est quasiment une encyclopédie photographique de la vie réunionnaise entre les années 1940 et 1970 », ni Raymond Barre, avant qu’il nous quitte, évoquer les « promenades que nous faisions le soir au Barachois », ni Paul Vergès nous souffler que «  le noir et blanc , dans sa sobriété, restitue aux objets, personnages et paysages, la rigueur de leurs formes et éduque l’œil à se concentrer sur l’essentiel... »
Au cœur de La Réunion” peut être un peu de notre œuvre à nous aussi, pour peu que nous aimons notre île. Jean Legros a le mérite de nous y inciter...

Raymond Lauret


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