Firmin et Annie pour dire l’Abbé Monnet

30 septembre 2005

J’étais donc mercredi Place de la Cathédrale à Saint-Denis où était inauguré le buste de l’abbé Monnet. J’y ai partagé avec la centaine de personnes présentes les émotions que chacun des intervenants a exprimées en puisant dans la brève mais extraordinaire et dense vie de cet homme d’Église venu du Nord de la France pour une mission d’évangélisation à l’île Bourbon et qui y a accompli une œuvre d’émancipation qui a forcé et hâté le temps de l’abolition de l’esclavage.
À Gilbert Aubry - dont je propose à Manuel Marchal que le discours qu’il a ce soir-là prononcé soit porté à la connaissance de nos lecteurs dans une de nos toutes prochaines éditions - je disais que chacune des interventions que nous avons entendues résumait très parfaitement, avec de toutes petites nuances qui ne tiennent qu’à la personnalité de leurs auteurs, ce qu’il faut retenir et valoriser dans la vie d’Alexandre Monnet.
Entre toutes les belles évocations qui nous furent offertes, comment ne pas saluer Firmin Viry qui, avec sa voix pour seule plume, une voix qui part de l’âme, du cœur, des tripes, de toute la générosité dont ce vieux camarade est porteur quand il regarde le miroir qui lui dit notre histoire et qu’il s’autorise à interpeller les générations d’aujourd’hui et de demain, comment ne pas saluer Firmin Viry qui sut créer les liens qui, pendant près d’une heure et demie, allaient nous unir les uns aux autres et chacun avec celui dont, plus d’un demi siècle et demi après sa mort, la vie était révélée à toute une île.
Les yeux mi-clos avec amour mais sans doute aussi avec une bien amicale malice, Firmin s’adressa par-delà la petite assistance à ce peuple d’esclaves dont les souffrances endurées hier ont permis que soit posée aujourd’hui la nécessité de ne jamais oublier que le seul message qui vaut d’être lancé, c’est celui de l’espoir quand on nous pousse à la pitié, celui de la lutte quand on nous prêche la résignation.
Comment ne pas saluer aussi Annie Darencourt, dont nous connaissons évidemment les talents de conteuse. Pour dire ce que fut Alexandre Monnet confronté à la haine de ceux dont il menaçait les privilèges, du geste et de la voix, dans l’émotion et la colère exprimées derrière les mots empruntés dans son profond attachement à notre peuple banian, elle sut capter notre attention et nous rallier à la noble cause un jour défendue contre les forces du moment.
Dans l’hommage à Alexandre Monnet, à côté des représentants des institutions, il ne fallait pas oublier les artistes. Annie et Firmin ont été à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre d’eux. Sans doute parce qu’ils ont choisi eux aussi de ne pas ignorer le passé de notre peuple et parce qu’ils en sont fiers.

R. Lauret


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Témoignages - 82e année


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