Libres propos

Justin Ninon

Témoignages.re / 29 janvier 2008

Samedi après-midi, dans la toute simple église Sainte Catherine du petit village de la Rivière des Galets, j’écoutais mon ami Joël Ninon, la voix remplie d’émotion, parler de son père devant la foule de ses parents, de ses amis et de ses anciens collègues. Pour le Professeur d’Université pourtant rodé aux cours magistraux qu’il doit à ses étudiants, la tâche n’était simple.
Je l’écoutais donc nous dire combien un fils peut ressentir tout ce que ses frères et ses sœurs doivent à un père qui, dans leur vie de mômes de milieu modeste, aura été aimé comme on aime « un héros »...
Un héros : l’expression ici vient du cri d’une reconnaissance que seule une profonde et immense affection peut payer en retour. Et Joël d’évoquer l’éducation donnée par le père, et puis le grand-père et l’arrière grand-père à des enfants, des petits-enfants et des arrières petits-enfants, par l’humour, la curiosité et le souci de leur formation. De leur bonne formation à tous.
Et Joël d’évoquer encore l’employé de la S.R.S.R., cette société de remorquage et sauvetage où Justin avait la responsabilité du sauvetage en mer, sauvetage de toute personne, de toute embarcation et en tout temps. Et donc, forcément, quand le cyclone annoncé n’ayant pas encore secoué la terre ferme pouvait avoir déjà commencé à surprendre quelques imprudents marins ou plaisanciers. « Nous le savions alors en danger, dira Joël, et nous l’acceptions, même si nous avions peur. C’était son métier, c’était sa responsabilité, c’était sa personnalité... ». C’était Justin Ninon.
Christian Maillot, aujourd’hui conseiller municipal du Port, a bien connu le respecté syndicaliste que fut fatalement Justin Ninon. « Il s’est bien battu pour que ceux qui sont aujourd’hui à la S.R.S.R. aient des droits à côté de leurs devoirs », me dira Christian.
Justin Ninon aurait eu 82 ans le 10 avril prochain.
Ce matin, Justin Ninon ne lira pas ce numéro de notre journal auquel il était depuis longtemps abonné. Cela ne veut pas dire qu’il ne sait rien de l’image de grande figure qu’il laisse dans la cité maritime et auprès des gens de la mer. Car s’il existe un au-delà pour les gens bien, sûr qu’il s’y trouve avec d’autres, en compagnie de ces hommes et de ces femmes dont la vie mériterait d’être racontée...

R. Lauret