L’ange vert, quarante ans après...

21 juin 2005

(page 2)

"Un soir, après l’école, j’étais parti au foot avec mon copain Jean-Marie, mon cousin Patrice et quelques autres. On s’était lancé dans un “attaque-défense”. À un moment, la balle est sortie derrière notre ligne de but. J’ai prétendu qu’il y avait six mètres. Jean-Marie, lui, réclamait un corner. On s’est un peu accroché, comme tous les gosses qui se disputent un ballon. Et là, je ne sais pas ce qui m’a pris : je lui ai donné un coup de poing sur le nez. Comme ça, paf ! Le coup est parti, sans prévenir. Personne n’en revenait, moi non plus d’ailleurs. Ce n’est pas mon genre de me bagarrer sur un terrain. Jean-Marie s’est mis à saigner. Nous, autour de lui, on s’est tous mis à paniquer. On a couru chez le docteur Chauvin, le médecin du village. Bilan : nez fissuré. Jean-Marie lui a raconté que la lumière des projecteurs l’avait ébloui et qu’il s’était cogné contre le poteau de but. Le docteur Chauvin a sûrement trouvé cette histoire abracadabrante, mais il n’a fait aucune remarque. Moi, je n’ai rien dit à mes parents. Le dimanche suivant, Jean-Marie n’a pas pu jouer à cause de son plâtre sur le nez. Depuis, je n’ai plus jamais donné un coup sur un terrain de foot"...
Ce court récit, je l’ai sorti du livre que mon plus jeune fils m’a offert dimanche, livre tout récemment écrit par Dominique Rocheteau.
Dominique Rocheteau !... Ce nom a émerveillé ceux qui, dans les années 1975-1980, vivaient les exploits de l’A.S. Saint-Étienne comme une grâce à eux offerte par les dieux du football, avant qu’il soit scandé, jusqu’en 1987 au Parc des Princes, sous les couleurs du P.S.G.!
Dominique Rocheteau ! Déjà on l’appelait “l’ange vert” : vert, parce que... "Allez les Verts !!!" ; ange, parce que jamais au grand jamais, ce virevoltant attaquant qui savait "planter des buts" comme d’autres savent "planter des choux" n’a une seule fois dans sa brillante et dense carrière reçu le moindre carton jaune ou rouge.
Jamais ? Non... Une seule fois... l’exception... Il avait donc 11 ans, sur un terrain communal du petit village d’Etaules, en Charente-Maritime, là où il est né : ce coup de poing... comme ça, paf... sur le nez de son copain Jean-Marie... qui se met à saigner... le docteur qui accourt...
Le mal... un mal pour un bien... plus jamais un coup donné sur un terrain de foot ! Plus qu’un souvenir : la base d’un bon départ pour le jeune garçon !
En lisant ces quelques lignes écrites quarante ans après par Dominique Rocheteau, je pensais à cet ami aujourd’hui confronté à une “bêtise” commise par son jeune fils. Je le lui ai dit : que ce mal devienne un bien... "remettre les pendules à l’heure dans notre relation avec nos rejetons"... leur ouvrir les yeux sur cet avenir qui sera leur avenir et qu’ils doivent commencer à bâtir dès aujourd’hui eux-mêmes, avec notre aide et nos conseils qu’ils doivent apprécier comme les regards enrichis de nos propres expériences ainsi que de nos préoccupations et de la confiance que nous leur portons. Et demain, dans quarante ans, nos rejetons se rappelleront qu’ils ont retenu la leçon !

R. Lauret


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