Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
4 décembre 2006

Dès que je l’aperçus, je compris qu’elle n’en savait rien. Il était fort légitime qu’elle se demanda donc ce que pouvaient bien signifier ces dizaines de personnes qui se déplaçaient tout le long du chenal d’entrée du port, jusqu’au bout de la jetée. Nul spectaculaire bateau de guerre ou de croisière ou autre géant des mers n’était visible, nulle ambulance pour signifier qu’un drame venait de se passer... Rien sur l’eau sinon seulement un vent assez fort qui bruissait joliment la surface bleu-vert où quelques unités de la Base Nautique des Mascareignes, voile gonflée, amusaient nos enfants qui apprennent à naviguer grâce à dame nature.
Elle me demanda donc, quand je vins la saluer, ce qui se passait qu’elle n’avait point vu et qu’elle ne savait pas. Je le lui dis. Derrière ses petits yeux de femme qui a vu arriver sur Terre tant de générations et qui n’a connu le bonheur que dans les choses simples d’une vie qui est faite d’écueils à toujours surmonter, elle me confia alors : « Ce monsieur devait être quelqu’un que tout le monde aimait... »
Au même moment, le petit bateau à moteur rentrait. Il venait de permettre à Annick et à ses trois fils de s’éloigner quelque peu de la côte, là-bas où, au bout de nos regards émus, ils sont allés disperser sur l’océan les cendres de Claude, leur époux et père.
Nous étions quelques-uns autour d’une immense famille, digne dans l’épreuve, volontaire pour sourire à la vie qui reste quand l’être cher s’en est allé.
C’est une banalité de le dire : nous avons le devoir de poursuivre les combats que nos compagnes, nos compagnons ou nos modèles ont commencés dans la foulée de ceux qui les ont précédés sur cette terre. Car à quoi ressemblera demain l’horizon de ceux qui nous suivent si nous devions laisser s’effilocher le plus précieux de ce qui nous a été légué ?
Samedi après-midi, en ce lieu qu’on a appelé “Le Titan”, là où André Letoullec emmenait Claude, ses frères et ses sœurs s’imprégner quand ils étaient enfants de ce qui en avait fait tout un pan de l’Histoire de leur île, là où tant de sueurs se sont mêlées aux eaux à l’océan, là où tant de gamins ont pu comprendre que, par delà nos rivages, il y a mille autres mondes à connaître et à partager, samedi après-midi, un camarade nous soufflait que meurent seuls ceux qui ne luttent pas. Il n’est pas un hasard si Claude avait fait du Che Guevara l’eau pure où il puisait la foi de ses engagements.
R. Lauret
Le monde a changé
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