Libres propos

La voie à suivre...

Témoignages.re / 22 juin 2007

Quand un jour d’émouvantes certitudes, pour que le monde l’entende, le poète souffla que « nous devons avoir des ailes et des racines, mais des ailes pour nous enraciner et des racines pour nous envoler », sans doute pensait-il qu’il doit bien exister quelque part un coin de terre où des femmes et des hommes savent donner à leur “savoir-faire” la dimension du “savoir-être”.
C’était mercredi soir, dans le hall d’accueil de l’Hôtel de Région, à Saint Denis. Une petite cérémonie voyait l’institution remettre leurs Prix aux lauréats du 6ème Grand Prix des Métiers d’Art.
Willy Técher en a joliment parlé hier, en page 16 de notre journal. Et il avait bien raison de les qualifier, ces hommes et ces femmes dont les doigts ont une âme et savent donner leur plein de poésie au galet de nos rivières, au bout de bois de nos forêts ou au cuir de la carapace de nos tortues, d’« artistes-artisans ».
En notre époque de mondialisation qu’accélèrent les facilités de communication de l’information et des hommes, viser l’excellence est une indispensable obligation. Il s’agit de faire mieux, voire aussi bien, que les autres. Dès lors se mêlent, étroitement associées, exigences éthique et philosophique et lois de l’économie.
Dans ce domaine des Métiers d’Art, « artistes-artisans » et pouvoirs publics sont partenaires. Aux premiers de savoir innover avec leurs centres de formation et, demain, leur Institut Régional aux Métiers de l’Art (IRMA), avec l’appui de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat.
A eux donc d’innover, de se renouveler et de valoriser un savoir-faire qui se dépasse quand il prend la dimension de ce savoir-être réunionnais qui ne demande qu’à guider nos sensibilités créatrices.
Aux pouvoirs publics de les accompagner dans leurs démarches de création, dans l’organisation de leur production et dans la structuration des lieux d’exposition et de commercialisation.
Le Métier d’Art réunionnais a vocation à sortir des limites de notre île et des clientèles locale ou touristique.
Dès la semaine prochaine, Paris l’accueillera au Viaduc des Arts, dans la galerie de la Société Nationale d’Encouragement aux Métiers d’Art (SEMA), dans le cadre d’une exposition managée par la prestigieuse “Ecole Boulle”.
Que le Comité de Tourisme de La Réunion s’y soit associé montre à l’évidence que l’importance de notre artisanat d’Art, dans la campagne de promotion de notre île, n’a échappé à personne.
Viendra le jour où il nous faudra bien concrétiser la réalité d’une structure basée en France pour faciliter la destination Réunion, par-delà une clientèle surprise et émue par la qualité de notre savoir-faire.
Sûr que, depuis leur bocal, les deux poissons de Manu qui nous invitent chaque jour à une saine réflexion ne vont pas manquer prochainement d’indiquer à qui de droit la bonne et seule voie à suivre. Puisque, ils le savent eux aussi, nous avons des ailes pour nous enraciner et des racines pour nous envoler.

Raymond Lauret