Laurent

9 octobre 2004

Il est toujours là, présent dans un coin du cœur de ses amis et de milliers de ses compatriotes. Seize ans après, s’y bousculent les souvenirs : souvenirs du jeune symbole et rebelle, admiré, respecté, aimé ; souvenirs aussi du compagnon de toutes les luttes et des plus belles espérances ; souvenirs encore du militant tout simple ; souvenirs, tout simplement, d’un garçon au courage entier et disponible, à l’intelligence sobre et directe.

Laurent... Je me rappelle. Un jour de secrétariat du Parti, rue Pasteur à Saint-Denis. La réunion vient juste de se terminer. Tout le monde s’en va. J’entre pour m’entretenir avec Paul d’un problème particulier à la ville dont nous sommes des élus.
J’ai droit à la fin des propos que le père et son fils sont entrain d’échanger, en tête à tête : "... Tu peux très bien, lui disait Paul, prendre un billet en première. Tu y as droit...". C’était ça, Laurent : quelque peu mal à l’aise d’avoir à voyager en première classe, seulement parce que c’est là un privilège. Il n’aimait pas les privilèges, même accordés aux députés, surtout de son âge.

Contrôle dans le métro

Laurent... Je me rappelle encore Élie qui nous racontait : Paris... Tous deux vont prendre le métro pour rejoindre leurs bancs à l’Assemblée nationale. Ce matin-là, pas un chat là où habituellement il y a du monde. Élie présente son ticket au point de contrôle du couloir d’accès de la station Père-Lachaise.
Laurent, plus pragmatique, d’un bond du sportif qu’il est resté, saute par dessus et, hop !, souple sur ses pieds, rejoint Élie, lequel le félicite pour sa forme et sourit doucement à la vue du contrôleur qui s’approche. Notre jeune député s’arrête sec, quelque peu gêné aux entournures. On le serait à moins. Il tente de bafouiller quelque chose qui pourrait être des excuses, sort de son porte-monnaie un paquet de tickets tous vierges de toute oblitération, et essuie malgré tout ça un non du regard de la part du fonctionnaire de la R.AT.P.!
Il faut exhiber la pièce d’identité, celle que vous délivre l’Assemblée nationale quand vous êtes un élu de la Nation !
Étonnement de l’autre qui ouvre grand les yeux... Coup d’œil, sourire, petit rire... et rires partagés. On est tombé sur un chouette gars, pas un de ces types qui ont oublié de rester jeunes...
Ouf ! Poignées de mains..., sourires bien compris, disons même complices... Allez... Promis, juré, on ne l’y reprendra plus, à faire sa gym quotidienne à l’entrée d’un métro !
Laurent... Juin 88. Campagne électorale à Trois-Bassins. J’accompagne notre jeune candidat dans une large tournée de la commune, faite de multiples prises de paroles de cinq à dix minutes maximum. Nous sommes route Hubert-De-Lisle, notre véhicule sonorisé stationné dans une large courbe qui surplombe un gros paquet de maisons.
Dix secondes de musique et je prends le micro pour présenter Laurent, à qui je donne tout de suite la parole. Un bougre sort alors de la maison d’en face, une espèce de carabine à la main, et se met à vociférer à notre encontre les bêtises classiques, tout en nous criant qu’il est, lui, retraité de l’Armée française alors que nous, nous sommes contre la France.

Préparation de la magistrale victoire

Laurent, calmement, s’adresse à la population, explique le sens de ces législatives et couvre les propos du monsieur qui continue à se couvrir tout seul de ridicule. Nous étions quatre camarades autour de Laurent.

Rapidement, sortis de leurs maisons et s’approchant, ils étaient une grosse vingtaine à venir voir de plus près celui qui devenait franchement leur candidat. Applaudissements, poignées de main, visites dans les petites cases : nous préparâmes ainsi, dans les conditions les meilleures, le meeting du soir chez Jean Séry, à la croisée du chemin de l’Église... et la magistrale victoire aux législatives deux semaines plus tard !

C’était ça, Laurent, ça et tout ce que chacun d’entre nous a toujours, seize ans après, dans un coin de son cœur...

Raymond Lauret


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Témoignages - 82e année


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